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Articles

Retrouver Proust : Du côté de chez Swann

Comment raconter un projet que je nourris depuis l’adolescence ? Vous en conter les racines, les éloignements et les péripéties, cette obsession douce qui se tint là, en fond de songe, pendant des années ? 
« Un jour, il faudra que tu te poses et que tu relises A la recherche du temps perdu. ».  
Je l’avais lu, presque en entier à 19 ans, je crois. Comme un défi, comme une bravade, comme une performance. J’ai lu Nietzsche à peu près à la même époque exactement de la même façon. Presque par esprit de performance, comme un passage obligé de mes humanités, pour ne pas ânonner comme tout le monde les motifs bien connus, les deux ou trois citations et la madeleine, mais pour avoir une idée de ce que c’était. Depuis lors, il a toujours fait partie de mon paysage intime et de mon vocabulaire.  Pour autant j’étais conscient que quelque chose m’avait échappé. Et je me suis promis pendant bien des lunes de réparer cet écueil.
J’ai lâché un jour devant témoin, en découvrant le beau coffret pléi…
Articles récents

Avant la longue flamme rouge de Guillaume Sire

Je ne savais rien du Cambodge. Rien des Khmers rouges. Quelques images d’actualités noyées dans le brouhaha de l’enfance. Des horreurs indistinctes dans un pays lointain. Ce livre rouge m’était parvenu il y a longtemps, avec son titre étrange, Avant la Longue flamme rouge de Guillaume Sire, paru chez Calmann Levy. Je l’ai perdu une première fois dans le chaos d’un déménagement. Il trônait sur une étagère comme un remords, comme un rendez-vous manqué, comme l’un de ces livres dont on envisage la lecture pour quand on aura le temps. De ces voyages qu’on se résigne à ne pas faire et dont on aura le regret jusqu’à nos derniers moments. J’avoue que je m’attendais presque à écrire un mot d’excuse, à Guillaume Sire, à son éditrice, Lisa Liautaud, et puis surtout à moi.


Un jour je me suis décidé à ouvrir le livre. L’horizon bruissait déjà des premières inquiétudes, des mots comme virus, quarantaine et confinement, étaient prononcés avec de plus en plus d’insistance. Le réel allait s'affo…

Un déjeuner avec Marie Eugène, éditrice chez Harper Collins

C’était une journée indécise qui hésitait entre des nuages apocalyptiques et des promesses de lumière. Une fin de rhume s’agaçait encore au fond de la gorge, et les passants jetaient sur moi des regards de reproches à la moindre toux. J’allais retrouver Marie Eugène. J’avais passé près de deux mois sans trop sortir, un peu à l’écart de l’actualité littéraire. J’avais envie de portrait, envie de dire les gens que j’aime. Marie est une amie, que je vois régulièrement et avec qui on a souvent déjeuné, parlé littérature mais légèrement. Comme en passant. J’avais tout manqué de la rentrée d’Harper Collins dont elle vient de lancer le domaine de la fiction française et dans une collection baptisée « Traversée ». J’avais lu les deux livres dont elle est l’éditrice. Je les ai aimés tous deux. Il fallait qu’on en parle.


Elle arrive. Très vite nous parlons des terres littéraires dont nous venons. Les terres américaines, la nécessité du récit, du décor, de l’ambiance, de sa manière de ne pas se…

Sankhara de Frédérique Deghelt

Une tocade.

Il m'arrive d'en avoir. De Frédérique Deghelt, j'avais lu Être beau, et son regard unique sur le handicap (pour accompagner les merveilleuses photos de Astrid Di Crollalanza). Et ce recueil de textes et de photos merveilleux, d'un érotisme élégant et poétique, Mon coeur est un murmure de toi qui danse. J'aimais son regard et j'aimais son style. Quand elle m'a proposé de me faire parvenir son dernier roman, Sankhara, qui vient de paraitre chez Actes sud, j'ai accepté tout de suite. Parce qu'il y a de la sensualité et de l'intelligence, de la profondeur dans sa plume, et que je l'ai aimé tout de suite, ce regard qu'elle posait sur le monde et sur les êtres, pour en célébrer la complexité et la singulière grâce.



L'écriture de Frédérique est toujours incarnée. C'est une littérature du corps. C'était le cas dans la Vie d'une autre, dans un registre qui flirtait avec le fantastique, l'exultation musicale de Libe…

J'aurais voulu être un Beatles: Rencontre avec Jérôme Attal

Je voulais depuis longtemps parler avec Jérôme Attal. On avait beaucoup d’amis en commun, on se croisait dans les groupes, on se saluait, on s’envoyait des connivences. Une fois, on avait joliment parlé de Nick Cave, de Londres et de poésie. Des Beatles que nous respirions tous deux. Il m’avait fait découvrir ses chansons à lui. Je l’aime beaucoup. Il est poétique. Il porte son écriture en permanence comme un talisman. Il raconte sa vie d’auteur dans de belles sensations qu’il partage sur ses réseaux sociaux. Il fait entendre son monde, celui qui l’émeut, celui qu’il écrit. Alors quand il a annoncé la sortie de ce livre chez Le Mot et le reste, J’aurais voulu être un Beatles, j’ai voulu le rencontrer pour faire son portrait. Rendez-vous fut pris à l’institut finlandais, et son beau café à l’ambiance détendue et un peu londonienne qu’il affectionne. Il m’offre un cookie et un brownie. Je souris intérieurement en constatant son amour des pâtisseries qu’il a plaisir à offrir.
J’ai été é…

La femme révélée de Gaëlle Nohant

Gaëlle Nohant a une place à part dans ma vie de lecteur, d’écrivain. Sans doute dans ma vie tout court. Je me souviens de notre complicité immédiate lors d’un petit déjeuner pendant le salon de Nancy il y a trois ans. Un long repas ensuite, où l’on avait fêté la signature de mon Albatros chez Stock et ses précieux conseils. Et la dernière fois qu’on s’est vus, il y a quelques semaines alors que ma vie était sur le point de changer, drastiquement. Je lui ai dit en souriant qu'elle était mon porte-bonheur. C'était juste avant la sortie de son nouveau roman. La Femme révélée chez Grasset. On a eu de longues conversations, précieuses et passionnantes qui allaient au fond des gens, des choses, de l’art. Cela a duré souvent des heures, des parenthèses merveilleuses de spontanéité, de profondeur, de confiance, de vérité et de sincérité. Gaelle fait partie de ces très rares écrivains qui ressemblent à leur oeuvre. Elle est en somme des gens que j’admire et que j’aime.
Alors quand son…

Olivier Bancoult: par delà rivage de la colère, portrait de l'activiste chagossien

Il est des livres qui s’attardent comme des prises de conscience, qui reviennent dans les conversations de ceux qui les ont lus. Il est des mots qui vous enrichissent de nouvelles révoltes et de nouveaux combats, d’une mémoire soudain rendue vive par la force d’un roman. Je ne cesse d’évoquer Rivage de la colère de Caroline Laurent. Parce qu’il m’a légué un combat à porter. Une réalité crue du monde. J'ai découvert un lieu, les Chagos, cet archipel dont je n’avais jamais entendu parler au large de l’ile Maurice. J'ai surtout connu dans ses pages la manière dont on en a chassé les habitants, pour servir une obscure raison d’état, hors de toute forme de légalité, de légitimité ou d’humanité. Qu’un scandale si grand ait pu se dérouler dans l’indifférence de l’histoire a quelque chose qui me plonge dans une grande perplexité. Ce matin, quand l’occasion me fut donnée de m’entretenir avec Olivier Bancoult, activiste chagossien qui se bat pour la reconnaissance de son combat et la r…