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Just Kids de Patti Smith

C'est rare les vraies belles rencontres. Dans la vie comme dans les livres. Quelqu'un qui partage un bout de notre petit univers, une sensibilité commune, quelqu'un dont on se dit "oui, on parle le même langage". En lisant beaucoup, en écrivant autant, en enchainant les films et les musiques comme un forcené, ça ne doit m'arriver qu'une ou deux fois par an. Ce n'est pas loin du choc, du coup de foudre, quelqu'un que vous aviez sur le bout de la langue et que vous croisiez enfin. C'est ainsi qu'un soir, j'ai commencé Just Kids de Patti Smith... encore des mémoires de musicien me direz-vous. Ben oui, je fonctionne par périodes...


D'elle, je ne connaissais pas grand chose pour être honnête. Enfin,  il m'arrivait d'écouter "Because the night", "Rock n'roll nigger", "People have the power" ou "Pissing in a river". J'avais glané ça et là que la dame citait volontiers Baudelaire, Rimbaud, Jim Morrison ou Bob Dylan au firmament de ses influences. ça suffisait à me la rendre sympathique. Ensuite, j'adore apercevoir de temps en temps cette poétesse qui scande ses beaux textes, d'une manière un peu hors du temps, avec une exigence à laquelle nos oreilles formatées ne sont plus accoutumées. Autant dire que j'étais intéressé et intrigué avant même d'ouvrir le livre. On le sent, quand on va aimer quelqu'un. C'est dans l'air comme une sorte de fatalité.

J'ai donc ouvert l'ouvrage et lu l'avant propos, bouleversant de poésie et de pudeur, où elle entend le dernier souffle de l'homme qu'elle aime et avec qui elle a partagé son art. Il expire dans l'écouteur du téléphone tandis que le final de Tosca passe à la télévision dans une étrange correspondance (elle n'aime pas Baudelaire pour rien). "La providence décidait des termes de mon Adieu", conclut-elle. Et là, paf! pause, stoppez les machines. J'ai levé les yeux un instant en goutant cette phrase sublime. Ce bouquin promettait d'être extraordinaire. Jusque dans son style et sa construction, au delà même de son sujet.

Patti Smith par Annie Leibovitz




Patti commence donc son histoire, avec toujours cette langue précieuse, admirable et rare (rendue par une très bonne traduction). Elle est poétique jusque dans ses souvenirs. Là, forcément, je me projette et je m'identifie. Je vois la gamine un peu chef de bande, mais surtout maladive, un peu à part et en marge des bons vivants, mise en quarantaine parce qu'elle a la scarlatine. Elle se réfugie dans les livres. Elle formule des prières et des conversations solitaires avec un Dieu problématique, le soir, dans la solitude de sa chambre (ce qui résonne fort dans mon enfance à moi où je faisais exactement la même chose. J'en ai d'ailleurs fait une nouvelle "La Guirlande" dans la Salade et le cassoulet).

N'y voyez pas de présomption, je ne me compare pas. Mais dans tout ce qu'elle dit, je me retrouve. Les dessins qu'elle fait, je les ai faits, les textes et les poèmes qu'elle a écrits également, cette manière de vouloir être un artiste, d'espérer en avoir la vocation parce que c'est la seule chose qui éclaire l'existence... Tout ça c'est moi, et pas qu'un peu. Je lis ce bouquin, absolument sidéré d'y trouver mon reflet et une grande ressemblance d'avec mes souvenirs. Ma sensibilité. Jusqu'à la gamine dont le monde est bouleversé après une visite au musée de Philadelphie (devant les Picasso), ce qui m'est arrivé quand j'étais gosse au Louvre (devant le Radeau de la méduse). La symétrie est souvent frappante, le cheminement voisin... Je ne pourrais pas parler de ce livre d'une manière impersonnelle. Parce qu'en un sens, il semble parler de moi. C'est assez fascinant. Heureux de faire votre connaissance, Patti.



Mais Patti Smith ne relate pas seulement son parcours mais aussi celui de son compagnon disparu, ce semblable dont elle porte encore le deuil, le photographe Robert Mapplethorpe. Elle l'évoque avec une infinie tendresse. Elle décrit une complicité poignante et rare que l'ont ressent dans chaque mot, dans les conversations qu'elle a avec lui. Elle l'introduit magnifiquement par la lumière, la couleur, celle qu'il mettait dans ses dessins... il a grandi dans une famille qui ne comprend pas l'art ou la vie de bohème qu'il choisira de mener. C'est magnifique d'entrer comme ça dans une vie, par fulgurances, directement au coeur des sentiments. Patti Smith a la superbe du romantisme classique (celui des français dont elle se réclame mais elle rappelle également une tradition plus anglo-saxonne, celle des soeurs Brontë ou de Keats). Sa prose est un joyau.

Elle part à l'aventure, à la rencontre d'un destin dont elle sait qu'il sera voué à la créativité. Elle ne connait d'abord que la vie de bohème au sens propre, la faim et les boulots merdiques. Mais il y a les rencontres. Une, bouleversante, lorsqu'elle croise le regard de Rimbaud sur la couverture d'une édition des Illuminations. Sans argent, elle vole le bouquin. Elle a avec le poète une véritable relation, de celle qu'il m'est arrivé d'entretenir avec Baudelaire ou Jim Morrison (comme elle, là encore...). Certains artistes gagnent pour nous une existence telle, sont tellement présents à notre esprit qu'on a l'impression de les connaitre. On lève le nez quand on entend leur nom comme si leur nom renvoyait à notre intimité profonde, à un secret précieux. Elle a eu cela avec Rimbaud, avec Pollock ou avec William Blake. Elle s'est créé un look également, entre dandysme du XIXème siècle et hippie bohème. A 20 ans, elle incarne déjà ses références, même si elle ne sait pas encore quel sera son domaine de prédilection.

Elle rencontre son âme soeur, Robert Mapplethorpe, alors qu'elle est vendeuse dans une boutique de babioles étranges et orientales. Leur union se scelle autour d'un collier que Patti aime et dont Robert se fait l'acquéreur, tout en promettant de ne lui offrir qu'à elle. La rencontre est immédiate, peuplée de signes du destin que seuls les amants sont capables de déceler. La première fois qu'elle lui parle, elle, l'introvertie, se trouve tout de suite à son aise. Il est déjà son foyer. Et l'on entre dans leur curieux ménage, au coeur de la vie de bohème, la vraie, celle où l'art prime sur tout, celle où on crève de faim dans des petits appart' que l'on tente de faire à notre image. Elle se voue à lui d'abord. Ils écoutent inlassablement les mêmes disques (Coltrane, Dylan qui la fascine...). Leur couple est beau. Elle fait tout pour qu'il crée, dessine, a hâte de le retrouver le soir pour qu'il lui montre ce qu'il a produit. On partage la chaleur de leur bulle, de leur intimité, on ressent leur union indéfectible. Ils ne sont pourtant "que des gamins", mais dégagent un romantisme et un idéalisme, une innocence, une foi et un enthousiasme assez revigorants, surtout en nos temps de cynisme.


Une autre chose a résonné en moi à la lecture. Toujours aussi personnelle. Je suis un gamin de la campagne, né loin de la capitale, et qui nourrit depuis longtemps une authentique fascination pour la grande ville, son agitation, sa pulsation. C'est cet émerveillement qu'elle éprouve en découvrant New York, détaille les gratte-ciels. Elle contemple le bouillonnement culturel qui agitait alors Greenwich Village (au milieu des années 60), la faune hétéroclite qui trainait dans le Washington Square (des joueurs d'échecs, des chanteurs folks, des vagabonds). Elle décrit cette agitation presque sexuelle qui parcoure la ville. On sent qu'elle est en état d'inspiration permanente, en quête d'elle-même et d'une forme d'art qui lui permettrait d'exprimer son point de vue sur le monde.

Elle a le déclic en découvrant les Doors sur scène, et Jim Morrison, qu'elle décrit comme une contradiction incarnée. Elle le voit dégageant une assurance immense, en même temps qu'un grand mépris de soi (belle définition du personnage). Elle se dit surtout que voilà, ça, elle pourrait le faire, elle en avait envie. Il existe de curieux moments d'épiphanie comme ça dans l'existence, qui vont souvent à l'encontre de notre nature. Ainsi, moi qui suis timide et bredouillant, quand je parle de mon écriture ou de mes livres, je me révèle tranché, assuré, définitif. C'est quelque chose qui transcende et qui vous sort de vous-même, assez mystérieusement. Quand vous avez trouvé votre forme d'art, alors seulement vous pouvez vous connaitre totalement, et découvrir un inconnu. "Je est un autre" disait Rimbaud. Même à ma petite échelle, je connais ça.

Pourtant, la chanson ne lui vient pas immédiatement (en fait elle n'en parle que dans la dernière partie du bouquin). Elle va suivre les pas de ses grands modèles à Paris (toujours avec Rimbaud, Baudelaire et Genet au bord des lèvres). Elle s'éloigne de Robert un moment, pris dans la tourmente de son art et de sa sexualité qui évolue. On sent toutefois qu'elle ne le quittera jamais vraiment, qu'ils ont un rapport de créativité presque co-dépendant. Elle le retrouve donc, gravement malade, et elle va emménager au Chelsea Hotel avec lui. Mythique bâtisse, refuge des artistes et des marginaux qui pouvaient ne pas y payer leur loyer en échange de leur art. Repaire de Dylan Thomas, de Jack Kerouac et plus tard de Sid Vicious.


Une humanité en marge est réfugiée dans le grand bâtiment rouge, aux allures de château baroque et décadent. Patti est toutefois obligée de retourner à la librairie où elle bosse pour soutenir le curieux couple qu'elle forme avec son compagnon, convalescent, fiévreux, inspiré. Elle continue d'aligner les poèmes, les dessins. On sent qu'elle tend sans cesse vers son expression sans encore l'entrevoir (elle n'a que 22 ans). Elle croise un sosie de Dylan sous amphètes. Au bar de l'hôtel, à l'époque de Woodstock, elle aperçoit Jimi Hendrix, Janis Joplin. Elle se sent alors un sentiment d'appartenance, elle les salue comme ses semblables. De ces inexplicables moments où vous vous dites "voilà ma place". Même si vous ne savez pas encore pourquoi, ni comment y arriver. Votre destin est là, qui attend. Il ne tient qu'à vous d'avoir le courage et l'audace de le conquérir. Ce livre est avant tout l'histoire d'une éclosion...

D'une désillusion également, du moins d'une mélancolie. Car les grands artistes dont le duo s'inspire ont déjà passé leur âge d'or. Patti et Robert arrivent juste après, juste un peu trop tard. Ils visent la reconnaissance, en même temps qu'ils se régalent des rencontres étranges qu'ils font. La révolution et son grand souffle passent. Ils sont à la fin des sixties. La décennie d'après leur appartiendra. Ils tentent de croiser les glorieux, d'avoir une audience avec Warhol dans son ancien lieu de prédilection, trainent aux alentours de la Factory.

Cependant, leurs héros sont reclus dans la gloire, recroquevillés dans le speed et la paranoia, ou sont près de mourir. Il leur faudra s'inventer sans eux. Un peu comme les "enfants du siècle" privés de leur Idéal que décrivait Musset. On sent que Patti Smith est annonciatrice du Punk, de son pessimisme violent. Elle sera de l'époque qui constatera que les pétales du "Flower Power" ont fané, avec le concert d'Altamont des Stones, la mort de Brian Jones, le terrible assassinat de Sharon Tate par Charles Manson. Patti Smith évoque tout cela. Elle voit le monde changer et s'en fera l'interprète. Parfois, elle raconte des moments inquiétants et glauques, comme quand Robert, fasciné par Macadam cowboy, se met en tête d'aller faire le tapin. Parfois une rencontre inattendue, avec un symbole des temps héroïques, Allen Ginsberg, même si celui-ci compose alors une élégie pour son ami disparu récemment, Jack Kerouac. Tout un symbole. Les rêves sont passés.

Ils emménagent ailleurs, par un coup du sort et de chance. Tout un étage pour eux tous seuls. Robert s'absorbe peu à peu dans la photographie et trouve bientôt son instrument de prédilection, le Polaroid. Pour Patti, le processus est plus long. Malgré l'insistance de ses proches qui l'incitent à chanter, à donner lecture de ses poèmes, sa vocation hésite encore à se canaliser dans une seule forme. Elle dessine beaucoup, compose des poèmes, fait un peu l'actrice (et se sent étonnamment à l'aise sur scène, sûre d'elle-même), elle écrit des articles pour des magazines de rock, publie ses premiers textes. Peu à peu, les contours se précisent. Sur sa route, elle rencontre Sam Shepard (grand dramaturge et acteur extraordinaire) qui la prend sous son aile un moment, écrit une pièce avec elle. Enfin elle monte sur scène pour donner lecture de ses textes. C'est le début du succès. Elle se fait une place et rencontre un public.

Devant cette photo, pochette de son premier album, Patti écrit: "Lorsque je la regarde aujourd'hui, ce n'est jamais moi que je vois. C'est nous." 




Un dernier flash encore et une image que je garderai de cette lecture: Lorsque Patti retourne en France et marche sur les traces de Rimbaud, jusqu'à Charleville, comme en pèlerinage. Elle s'installe dans une vieille chambre où le poète a dormi et qu'elle investit à son tour. Un moment touchant auprès de sa figure sacrée à elle. Et ce jour gris et pluvieux où elle va fleurir la tombe de Jim Morrison au Père Lachaise avec cette vieille dame qui l'apostrophe avec véhémence (reprochant aux américains de ne pas honorer leurs poètes).

Pendant tout le livre, la complicité qu'elle a avec Robert Mapplethorpe est magnifique, fusionnelle. On ressent fort leur lien, ils sont des frères d'art. Elle est sa muse et son modèle. Pour lui, elle écrit des poèmes, puis des chansons. Ils s'encouragent et se soutiennent mutuellement. Leur histoire d'amour est merveilleuse et atypique, à leur image. On sent qu'elle le porte toujours en elle, même s'il a disparu, fauché par le Sida en 1989. Au moment où elle a connu le succès, ils se sont éloignés. Elle s'est mariée, a eu des enfants. Pourtant, au bout de son chemin à lui, ils se sont retrouvés.

Il est rare qu'un livre bouleverse, amène les larmes aux yeux, tant l'émotion décrite est forte, juste, à fleur de peau. On sent le souvenir des derniers instants vivace au moment où elle les écrit. Elle finit son histoire avec Robert dans un crescendo d'émotion rare et précieux, une sensibilité aigüe que l'on partage. On se laisse submerger. J'étais collé aux dernières pages hier soir en me disant "Non, il ne faut pas qu'il meurt". Elle vous inclut dans sa quête initiatique, de sa manière franche, généreuse et bouleversante. Elle a cette élégance aussi, de ne pas raconter tout de sa vie de rock star, mais les prémisses, l'aurore qu'elle a partagée avec ce semblable qu'elle a aimé de toute son âme.

Son texte est parsemé des photos qu'ils ont prises ensemble, des portraits d'elle et de lui, jusqu'au dernier cliché qu'il a fait d'elle, sa fille toute petite dans ses bras. C'est un voyage intime que Patti Smith a entrepris avec ce livre, au coeur de ses références, de ses souvenirs, de son grand amour, de tout ce qui l'a forgée. On partage son univers poétique, ses fascinations. On aime être auprès d'elle et de ses amis audacieux et parfois franchement barrés. C'est une lecture d'exception, intense.

En plus du tableau d'une époque, Just Kids est écrit superbement, touchant à l'essence même de cette artiste complète. Il est émouvant d'avoir visité ainsi cette période de sa vie, ses années de formation, son rapport intense et dénué de cynisme avec les choses de l'art. D'avoir vu se dérouler sa plus belle histoire d'amour.


Patti Smith a écrit sur ce qu'est l'amour, ce qu'est la vie quand on est artiste, les ambitions extravagantes que l'on nourrit avec une inébranlable conviction. Les périodes de doutes, les compagnons qui tiennent chaud (qu'ils soient vivants ou morts). Au fond si je m'y suis reconnu, c'est que les aspirations qu'elle décrit ici, je les partage depuis longtemps. Et elle a eu le courage de choisir cette vie là, aussi dure soit-elle. Il se trouve que Robert et elle ont réussi, sont parvenus à la reconnaissance. Mais qu'elle est émouvante aussi, cette tribu naufragée au Chelsea Hotel...

Ce bouquin, c'est donc pour moi la plus belle découverte de cette année (avec celui de Keith Richards, mais pour d'autres raisons). Parce que je l'ai ressenti fort. Et bien peu de récits m'ont ému à ce point.

Au fond, on ne lit que pour se retrouver.

Donc Patti, si vous passez par là, à la faveur d'un improbable Deus Ex Machina virtuel, du fond du coeur, merci.

(Toutes les photos, sauf une (que je trouve belle et dont j'ai mentionné l'auteur) sont de Robert Mapplethorpe ou datent de la période évoquée dans le livre)

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