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Paul McCartney: Chaos and creation in the backyard/ Memory almost full

Je me disais un peu bêtement que tout ça n'était pas d'actualité, ces albums ont quelques années, donc bon... Cependant, ma découverte de Paul McCartney et de ces albums là en particulier date de vraiment pas longtemps. Cela remonte à l'époque où je lisais la bio de Lennon (voir plus bas). Et bizarrement, c'est la personnalité de McCartney qui m'a accroché et ces deux disques que je fais tourner en boucle depuis.



Ces deux albums là en particulier ont retenu mon attention (ses dernières productions en ce studio à ce jour, si l'on excepte le projet The Fireman, plus particulier). Parce que rarement j'ai été ému à ce point par la cohérence de morceaux, par la maitrise dont le chanteur légendaire fait preuve à chaque chanson, riches d'influences musicales et d'audaces assez admirables. Car il pourrait se reposer sur ses lauriers sans qu'on y trouve à redire. Et là, il évolue encore, compose encore, vit dans le présent, enrichit son oeuvre. Un peu comme Dylan que j'aime inconditionnellement. Mais McCartney a un petit truc en plus: il a gardé sa voix. Alors forcément, on retrouve l'une des tonalités majeures des Beatles et ça c'est émouvant. C'est inscrit en nous, pas la peine de lutter. Ce que je ne savais pas, c'est à quel point il était accompli et complet en tant que musicien. Et ça, je trouve ça fascinant. Comme à chaque toquade je m'y jette... Et je n'écoute que ça depuis deux mois, en bon obsessionnel. Ma découverte du moment c'est donc... Paul McCartney. Mieux vaut tard que jamais...



Chaos and Creation in the Backyard est sorti en 2005. C'est un pur chef d'oeuvre. Parce qu'on retrouve le sens de la mélodie imparable du bonhomme, débarassé des apprêts des Wings que j'aime moins. "Fine line" commence l'album sur les chapeaux de roues, de cette énergie typiquement beatlesienne qui ferait sourire le dernier des dépressifs. Mais j'aime surtout la part mélancolique de la galette (on ne se refait pas)... "Jenny Wren"raconte le destin d'une fille qui rappelle "Eleanor Rigby". Un personnage comme le Sir les aime. Puis il y a "How kind of you" avec ce mec au fond du trou qui remercie quelqu'un d'avoir pensé à lui. ça l'a aidé à remonter la pente. J'y peux rien, j'adore les chansons de déprime!! Il ne croit plus en rien et elle le sauve (oui, c'est une femme, faites pas chier), et la mélodie encore, incroyable, simple, bouleversante et naïve en même temps. Ce que j'aime surtout c'est la guitare qui structure discrètement chaque piste, toujours présente, derrière les arrangements magnifiques mais pas envahissants. Et oui, je le redis, c'est superbe.



Vous me demanderez: "ce mec a composé les plus grandes chansons du vingtième siècle, tu t'attendais à quoi?"... Je répondrai: "Pas à ce qu'il en ait encore autant sous le pied" (après tout, les génies se fatiguent aussi). Et ça c'est formidable, cette générosité, cet émerveillement pour son art qu'il a gardés intacts. Alors oui j'applaudis. Et pas qu'un peu. On sent les hommages discrets au passé, à Harrison, à Lennon, mais il avance. J'adore l'équilibre qu'il trouve, assumant à la fois l'héritage et le présent. Et puis cette tristesse qui nourrit l'album et le rend grandiose, les amitiés brisées, les jours désoeuvrés et une certaine désespérance, une attente désabusée ("At the mercy"), ces moments où l'on doit faire bonne figure quand même, même si on s'effrite à l'intérieur ("Too much rain"), les désillusions et les trahisons ("Vanity fair"). Cet homme a connu son lot de drames et ne s'en cache pas. Mais il en fait quelque chose de merveilleux. Parce qu'on revient presque toujours à une forme d'innocence, de confiance pure ("Follow me"), de pudeur et d'élégance so british ("Friends to go", "English Tea", délicieusement désuet). Pour un peu, je me ferais anglais au bout du disque! ou alors je l'emporterai sur une ile déserte... avec Aimee Mann, si elle veut venir. Et Juliette Binoche... Bon OK, y aura du monde.



Forcément quand deux ans plus tard sort Memory almost full, le vénérable Paul est attendu après ce coup de maître. C'est marrant de lire les commentaires des fans à chaque album: "son meilleur depuis Abbey Road", "non depuis Ram", "non depuis Band on the run", "non c'est de la soupe, je me remets Sergent Pepper". Bref, autant ne pas écouter les gens et l'écouter lui.



Sur la note enjouée et insouciante de "Dance tonight", commence l'album (une naïveté rafraichissante en ouverture, appuyée par le ukulele, instrument que George Harrison affectionnait). J'aime énormément cette innocence, alors que je la détestais ado (pas assez rebelle). Mais c'est un air qui rend heureux, sans prétention. Et vous savez quoi? Il m'a fallu trente ans pour la trouver belle cette absence de prétention, cette allégresse de Beatles. Il continue avec une chanson plus emblématique de cet album au concept fort: "Ever present past". Car ici, Paul s'interrogera souvent sur le temps, le passé, la nostalgie, la sienne, mais toujours sans rien regretter, en avançant. La tonalité est généralement enjouée, légère, parfois faussement d'ailleurs, car il pourra nous parler de la mort (son "dernier repas" à lui: "The end of the end", où il veut des blagues et des rires à ses funérailles).

J'aime particulièrement sa manière de structurer ses morceaux, ses choeurs ambitieux, ses lignes de basse complexes, ses changements de rythme et de tonalité et de couleurs. J'ai toujours aimé les ruptures de ton en musique. Mais McCartney le fait, l'air de rien, sans ostentation. C'est flagrant avec "Only mamma knows": cela  commence par un quatuor à cordes et se mue en rock pur. Pourtant, le morceau demeure riche de toutes ses strates mélodiques. Le chanteur y conte l'histoire d'un gamin abandonné par sa mère dans la zone de transit d'un aeroport. Un petit tour de force: plusieurs mélodies encore, admirablement fondues ensemble. On ne comprend rien à McCartney (et au Beatles à leur grande époque), si on n'est pas sensible à cette polyphonie brillante.



Il y a une chose qu'on sait moins: les textes sont très bons, comme des histoires, des nouvelles, comme ce "Bellamy" prêt à se jeter dans le vide alors que les policiers en bas de l'immeuble veulent l'en dissuader. Et puis le souvenir, toujours, qui transcende le réel et s'efface au fil du temps dans le sublime "You tell me". "Vintage Clothes" est une chanson paradoxale, puisqu'elle invite à ne pas s'accrocher au passé, même s'il nous revient régulièrement. L'amusement de Paul est manifeste: ajoutant des couches de sons, parfois synthétiques.

Il compose surtout un medley de chansons s'enchainant aussi brillamment qu'à la fin de Abbey Road. Il y a le rock "That was me",  comme une autobiographie allusive de son auteur, des pièces de l'école aux débuts des Beatles. Il décrit ce patchwork hétéroclite qui compose sa vie. Et l'énergie qui s'en dégage en crescendo au fur et à mesure que sa voix se fait rageuse, est irrésistible. Puis il remonte encore le temps, avec "Feet in the clouds", avec cet enfant têtu qui n'écoute pas ses professeurs ou les représentants d'une autorité quelconque et préfère rêvasser. C'est touchant parce qu'il est encore en contact direct avec ses sentiments d'alors, grâce à la musique.

Après l'espièglerie vient le jeu des harmonies vocales, témoignage d'une curiosité insatiable pour son art. Le talent de McCartney n'est pas figé, loin de là. Et l'enthousiasme est là, toujours. L'étrange envoutant et poétique "House of wax" arrive ensuite. La voix est aigüe, puissante. L'ambiance rappelle un peu Supertramp, avec une ampleur à la fois onirique et opératique (rappelant Queen dans la démesure). Le piano, le violon, la guitare électrique qui éclate en sanglots, c'est superbe et très étonnant.



"The end of the end" vient clore le coeur de Memory allmost full. C'est une sorte de complainte irlandaise. Paul veut parler de la mort avec légèreté, simplicité et lucidité. C'est la plus belle des élégances. J'aurais aimé que ça soit la conclusion du disque. Mais on sent que Paul ne voulait pas nous laisser sur ce moment funèbre, testamentaire (même s'il est allègre). Pas le genre de la maison. Il est vivant après tout. Les chansons d'après me retiennent pourtant moins, semblent moins bien achevées. Plus instrumentales également. Mais bon une quinzaine de très belles compositions, c'est pas mal. Et une superbe ballade encore "Why so blue", pleine de ces transitions qui font la grandeur du disque, avec un texte de nouveau très riche. Toujours ce côté doux-amer que j'aime fort. Faussement enjoué ou pas totalement triste. J'aime le sens des nuances dont Paul McCartney enrichit sa musique, cet équilibre fragile entre insouciance et mélancolie qu'il tient parfaitement bien.

Voilà, c'est cela que j'écoute en ce moment. Un homme de 68 ans, je crois. Et qui est une absolue révélation pour moi. Il continue de livrer des créations marquantes et sensibles, continuant d'accompagner nos existences, mû par son inextinguible passion musicale et son talent exceptionnel.

Sir McCartney, je m'incline. Et j'espère bien reparler de vous ici, avec cette nouvelle tournée qui s'annonce en 2011.

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