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Queen: These were the days of our lives


Ce site s’intitulait d’abord « Anyway the wind blows ». Après m’être fait plusieurs fois remonter les bretelles pour mon anglophilie excessive, j’ai changé mon fusil d’épaule et suis revenu à des origines plus baudelairiennes. Cependant, cette phrase je l’aime. Emprunte d’indifférence, de nonchalance et de mélancolie. Ce murmure conclut le monumental « Bohemian Rhapsody » de Queen.


Il y a comme ça des sujets qu’on voudrait aborder depuis longtemps. Parce que ça fait partie de nos vies. Et pour qui m’a connu d’un peu près et a quelque peu partagé mon existence, il n’est pas rare de m’entendre hurler « The Show must go on » d’une voix de canard qu’on écartèle. Ça défoule. Et puis il y a des souvenirs, des grands, des beaux. Comme cette réunion étrange où Roger Taylor (le batteur) et Brian May (le guitariste) avaient recruté le chanteur Paul Rodgers pour une tournée avec lui. C’était au Zenith. La salle était chauffée à blanc, mon frère et moi tous deux absolument estomaqués au premier accord si reconnaissable de la guitare de May. C’était un peu de nous et de nos souvenirs qui défilaient devant nous. C’était intense.

Tout a commencé autour de 1991. J’étais dans la cuisine de la maison de campagne où j’ai passé mon enfance. A la radio (l’un de ses trucs « portables » de 5 kilos que les branchés de l’époque trimballaient sur l’épaule), une chanson passait. Une voix envoutante et grave, toute une ambiance. « I’m going Slighty mad ». Premier souvenir d’un groupe dont je n’avais pas saisi le nom.

Quelques temps plus tard, on apprenait la mort de Freddie Mercury. Ça a fait un effet pas possible. Parce qu’il était l’une des premières icônes à succomber au sida, et cela éveillait pas mal de consciences. Alors les émissions hommages pleuvaient. Mon frère d’abord et moi ensuite, les avons toutes dévorées. Découvrant les disques au fil des années avec voracité, s’esbaudissant devant les concerts gigantesques, s’égosillant de voix à peine muées sur des chansons qu’on adorait. Et en redécouvrant leurs albums remasterisés très récemment, avec une précision et une puissance renouvelées (les instruments sont mieux définis, les pistes mieux différenciées les unes des autres, les basses plus profondes), c’est cette histoire, finalement assez intime, que j’ai revisitée.



Mais pour être tout à fait honnête, ce qui m’a poussé vers Queen n’est pas d’ordre musical. Ce qui m’a touché et m’a aussi servi d’exemple, c’est l’attitude de Freddie Mercury face à la maladie. Sans doute parce que j’ai la même face au handicap. Ne pas parler de ce qui cloche, ne pas se chercher de prétextes. Vivre jusqu’au bout et sans se plaindre, sans se laisser abattre, même sous le joug d’une condamnation. Faire de la musique parce que c’est ce qu’on est censés faire et envoyer le reste au diable. Les plaintes ne font que perdre du temps. Fuir l’ennui, avoir quelque chose à faire pour que la vie ne soit pas trop courte. Se consacrer et se concentrer sur ce qu’on aime. Et cet entêtement à ne pas se laisser aller, à ne pas déposer les armes, à être vivant plus fort, même quand la mort étend son ombre, ça demeure une inspiration profonde.

Passée mon admiration fondamentale pour cet homme, j’ai succombé à sa musique. Même si je continue de détester absolument certaines errances (Hot space ou quelques travaux solos assez kitsch), j’aime l’ambition baroque, démesurée et totalement mégalo de Queen. Quelque chose entre les Beatles, Led Zeppelin et la musique classique. Quelque chose d'une arrogance absolument effarante. Je ne peux qu’adorer. Parce que ça ressemble assez à toutes les choses très différentes que j’aime. Au bordel et au bric à brac que j’ai dans la tête.

Ce groupe est une alliance singulière d’égos très marqués. Brian May se destinait à être astronome. Il avait fondé un groupe, « Smile », avec son ami Roger Taylor. Farrokh Bulsara (avant qu’il ne se rebaptise « Freddie Mercury »), quant à lui designer, admirateur de Jimi Hendrix (pour sa flamboyance et ses costumes), admirait la formation, la suivait en tant que fan et saisit l’opportunité d’en remplacer le chanteur. Ainsi on nomma le tout Queen… John Lennon résuma l’ambigüité du nom en s’exclamant plus tard : « comment on peut être hétéros et s’appeler « Queen » ? ». La réponse est « euh… ».



Ce qu’il y a de frappant, dès les premières productions du groupe (Queen, puis Queen II), c’est un mode d’écriture absolument hors normes et un perfectionnisme maniaque. C’est ouvragé et totalement déraisonnable, presque rococo. Mais cette démesure s’accorde parfaitement avec le Glam rock alors en vogue (le premier album date de 1973).  Avec des urluberlus maquillés comme T-Rex ou David Bowie (période Ziggy Stardust), la dégaine mercurienne ne dépareillait pas. Le côté bravache de Freddie et sa bande, cette manière de prétention, sont leur âme. Ils n’allaient rien lâcher. Dès les premiers albums, on ressent ça. Et une fierté à ne pas utiliser de synthétiseurs, marotte qu’ils conserveraient longtemps, à multiplier les prises jusqu’à ce que les bandes d’enregistrement soient quasi transparentes… Tout cela contribue très tôt à bâtir la dimension légendaire que Freddie lui-même a toujours voulu atteindre. Avec un panache sans pareil.

Dans le son du groupe, il y a comme une obsession. Une quête. Celle d’aller toujours plus loin, trop loin peut-être, avec des prétentions absolument déraisonnables. Brian May et sa guitare en sont un exemple : la Red Special (actuellement distribué par Guild –j’en veux une !-), ou affectueusement surnommée « old lady » par son concepteur. Car, manquant de moyens, ayant des notions de technologie et la main verte, le Brian susdit –en bon geek- débaucha son paternel pour fabriquer un instrument à la hauteur de ses exigences drastiques. Et cette six cordes est unique, reconnaissable entre toutes, avec son timbre suraigu, ses harmonies précieuses, ses accords aussi mélodieux que puissants. Car il s’agit souvent pour Queen et très tôt (comme dans « Liar », « White queen », « Father to son ») de produire un son de grand orchestre avec une formation rock. Volonté aussi magnifique que saugrenue. En résultèrent des séances de studio homériques où ces bourreaux de travail épuisaient jusqu’à leurs admirateurs les plus dévoués. Le résultat est audacieux et superbe.

Mercury dont la voix s’affirme dès le début, avec une aisance insolente, oscille souvent entre ténor et soprano. Les chœurs, assurés par les trois voix de Freddie, Brian, Roger prennent des dimensions insoupçonnées (et parfois aux limites du grotesque, comme le cri de Taylor au début de « In the laps of the gods » dans Sheer heart attack). Queen, avec un aplomb imperturbable osera s’aventurer dans des genres que le rock explore assez peu et n’utilise pas (par exemple le jazz de « Dreamer’s ball », la valse merveilleuse de Brian May dans « Millionaire Waltz », le gospel de « Somebody to love », etc…). Cette alchimie d’influences est sans doute la grande marque du groupe et ce qui lui a fait gagner sa postérité (de Muse à Dream Theater).


Inclassables donc. Et imprévisibles. Autant capables de produire l’un des morceaux les plus rageurs de ces années-là (« Stone cold crazy », repris régulièrement par Metallica) et accoucher d’un curieux chef d’œuvre, « Bohemian Rhapsody ». Le bébé de Freddie, dit-on, œuvre dont il a peaufiné les chœurs et la partie centrale, mélangeant les intermèdes opératiques avec une étourdissante virtuosité. Ou quand une chanson devient une symphonie. Quand elle est un ovni. Commençant comme une ballade funèbre avec le chant et le piano précieux de Mercury, passant par la grandiloquence du classique et s’achevant dans la rage du Heavy Metal. Tout Queen est là. Impérial.

On est alors à l’heure fatidique de A Night at the opéra, album de la nouvelle chance, où enfin libérés d’un premier contrat qui leur a apporté la gloire, mais rien d’autre, le groupe devait refaire ses preuves. Et c’est toujours dans l’adversité et sous la pression, contre vents et marées et souvent contre la mode, que le groupe a donné le meilleur de lui-même. Pleins de défiance à l’égard des médias, il fut régulièrement la cible de critiques acerbes. Son manque d’humilité autant dans l’attitude que dans la musique, agaçait fort, alors que c’est précisément ce qui le rendait grandiose.



A partir de 1975, la machine est lancée, volant de triomphes en triomphes. Malgré le punk qui fustigeait l’attitude des groupes comme Queen. Une interview de Freddie affirmait qu’il voulait que sa musique ait une dimension de ballet. Aspiration raffinée aux antipodes de celle des Sex Pistols... Imperturbable, le groupe dégaine News of the world avec en son sein « We will rock you » et « We are the champions ». Une sorte de « fuck you ». Un complexe de supériorité musical qui pourrait faire sourire. Mais asséné avec tant de conviction qu’il vous emporte comme une envolée wagnérienne. On ne sait jamais si Queen est à prendre au premier ou au second degré. Ils ont porté l’outrance et la grandiloquence à un niveau inédit.

A côté des grands hymnes, il y a des parenthèses sublimes qu’au fil des écoutes, on finit par préférer : « Save me » ou « You take my breath away ». S’il n’avait qu’une dimension parodique ou irrévérencieuse, je n’aimerais sans doute pas ce groupe. Mais il y a plusieurs facettes, la naïveté douloureuse de « Love of my life », l’ode aux rêveurs de « Spread your wings », l’irrésistible envolée de « Don’t stop me now ». Toujours cette puissance d’émotion que Mercury savait incarner et théâtraliser comme personne. Il est également une rareté : l’un des seuls chanteurs à voix (et quelle voix !), à avoir été accompagné par un groupe à sa hauteur. Ainsi, on n’aime pas seulement Queen pour la virtuosité de ses vocalises, mais pour la cohérence que les quatre musiciens ont su trouver.

Mais les années 80 arrivèrent. Où se perdirent un moment David Bowie (et son calamiteux « Let’s Dance ») et bien d’autres grands noms, pour séduire un nouveau public, de façon assez putassière. On aurait pu croire que, à son habitude, Queen allait tenir, contre vents et marées… seulement… Après la dispensable B.O de Flash Gordon, et malgré les très bons Jazz puis The Game, sortit le catastrophique Hot Space, seul accident d’un parcours sans fautes. Et là on entend un groupe qui va mal. S’il surnage parfois (notamment grâce à « Under Pressure », en duo avec Bowie, paradoxalement), l’album est une sorte d’appel du pied au funk et aux discothèques assez indigne d’eux. Le groupe est gangréné de tensions internes et d’égos qui s’affrontent. Queen est au bord de l’implosion. Freddie se perd dans un tourbillon de fêtes et d’excès. Ça tourne mal. Car en s’orientant disco, à la suite du succès énorme de « Another one bites the dust » (composition du bassiste John Deacon) , sa majesté perd son âme.



Il faudra revenir aux fondamentaux de The Works en 1985 puis A Kind of Magic l’année suivante (largement composé pour la B.O de Highlander), avec des titres somptueux, devenus des classiques de leur répertoire (« Hammer to fall », « It’s a hard life », « Radio Gaga », « Who wants to live forever » ou « Friends will be friends »). Queen retrouve sa verve et sa couronne. Le groupe effectue sur scène un hold-up fracassant, au « Live Aid » de Londres. Bien que n’étant pas tête d’affiche, et ne disposant que d’un set de quinze minutes, ils atomisent la concurrence avec une aisance et une arrogance hallucinantes. Si Mercury était depuis longtemps capable d’électriser des stades, à coups de gestuelle chorégraphique, flamboyante et exagérée, de diriger une foule avec des allures de chef d’orchestre (ou de danseur étoile décadent), c’est là qu’on en a eu la preuve la plus flagrante. Le phoenix renait de ses cendres, avec une insolente facilité, presque une pointe de suffisance. Le moment est d’exception.

Le stade de Wembley sera pour longtemps associé au nom de Queen. Car c’est là que le quatuor a confirmé sa domination et Freddie son rang : il est l’un des plus grands showmen du rock (avec Bruce Springsteen et Mick Jagger). Conscient de ce statut et largement malicieux, chacun des concerts du « Magic tour » de 1986 se soldera par son propre sacre, avec une réplique de la couronne portée par la souveraine anglaise, sur fond de « God save the Queen ». Un tel manque de modestie a quelque chose d’enthousiasmant.



A ce moment, le chanteur s’est dit lassé des tournées. Cela doit coïncider avec la découverte de sa séropositivité. Il sait qu’il ne pourra donner son maximum, ni être à la hauteur des concerts dantesques qu’il donnait alors. Il se consacre à des projets solos inégaux, dont une expérience intéressante avec Montserrat Caballé, diva qu’il adorait. Il annonçait en cela les alliances que nouera quelqu’un comme Pavarotti, ce que le sérail du classique lui pardonnera assez peu.

Le vocaliste se décide à réintégrer le vaisseau mère pour The Miracle en 1989. Ce qui frappe avec cet album, c’est de voir à quel point Freddie Mercury a changé. Il apparaît dans le clip de « I want it all » amaigri mais énergique. Et surtout sa voix a gagné en pureté. Il a des accents plus cristallins qu’auparavant. Et il semble absolument tout donner à chaque chanson. « The Miracle », la chanson titre, est un hymne optimiste dans la lignée de ce qu’a pu être « Imagine », une célébration du monde et de l’humanité. On sent parfois une dimension plus intime, dans des titres comme « Scandal » (évoquant les médias transformés en vautours avide de rumeurs, vivant du malheur des autres). Bientôt, autour du chanteur, l’inquiétude monte. On guette les signes de faiblesse, les défaillances. On veut forcer l’aveu. Lui balaie tout, garde ses distances, ne se dépare jamais de sa fierté. De son défi à la fatalité. Son entourage fera corps et on respectera son choix.


C’est à cette époque que le groupe apparaît le plus uni (signant collectivement les compositions et laissant les égos au vestiaire). Il y a cette envie de bouffer la vie dans « Breakthru », et son clip exceptionnel où le groupe joue sur un train lancé à pleine vitesse. Il y a aussi une dimension testamentaire pudique dans l’immense « Was it all Worth it » où Mercury ne regrette rien des choix qu’il a pu faire. Avec un superbe intermède symphonique et un riff diabolique.

Juste avant Innuendo, Freddie a réuni ses compagnons et à sa façon lapidaire, leur a annoncé qu’il était malade (sans être plus précis) et que tout ce qu’il voulait, c’était continuer à faire de la musique autant qu’il le pouvait. Et ça donne un chef d’œuvre, leur plus beau disque depuis « A Night at the Opera », un poignant chant du cygne. On retrouve leur démesure dans le morceau qui ouvre l’album et lui donne son nom, avec son intermède qui mêle flamenco, valse, chœur et fantaisie électrique, en même temps qu’un rock symphonique et maitrisé, alliée à une voix qui n’a jamais été aussi belle. Car Mercury touche ici à tous les registres. De la plainte déchirante de « Don’t try so hard », à la furie de « Hitman », du précieux « Bijou » au chant sacré de « All God’s people ». Et bien-sûr, le cri du cœur et le combat face à la mort et au désespoir de l’inégalable « The Show must go on ». Certes la faucheuse est là qui rôde, le temps est compté. Mais ce final-là résonne dans l’éternité. L’opiniâtre volonté de s’opposer à l’adversité, avec superbe, avec bravoure, avec emphase. La grandeur de Queen est là intacte, comme au premier jour. Jusque dans l’élégance de cette discrète révérence, ce « I still love you » pudique et murmuré à la fin de « These were the days of our lives » qui fout immanquablement les larmes aux yeux. Cet album est une apothéose.


Vient ensuite le temps des hommages, des célébrations, des témoignages et autres codicilles. Made in Heaven est le dernier soupir discographique du groupe en 1995, avec de déchirants morceaux, comme ce « Too much love will kill you » que Mercury transcende, ce « Motherlove » inachevé où il chante son envie de finir sa vie apaisé, dans l’affection d’une compagne et loin des passions tourmentées. Ce « Winter’s tale » contemplatif aussi, où il chante la beauté de Montreux, endroit où il aimait se ressourcer. Puis c’est le silence, la fin de Queen, en même temps que celle de son leader. Il y a certaines personnes que l’on ne remplace pas.

Interrogé dans les années 80 sur une éventuelle reformation des Beatles, Paul McCartney a eu cette belle réponse : « Pas tant que John Lennon sera mort ». Et bien sûr que j’ai adoré entendre la guitare de Brian May en live, c’était inespéré, c’était émouvant. Une tentative de résurrection. Ça nous ramenait, mon frère et moi, à cette musique qui a accompagné nos vies. Alors qu'il jouait son solo, il entama l’intro de « Bijou ». D’un coup, la voix du disparu s’est élevée. Très fort. A un niveau qu’on n’avait jamais entendu. Et c’était absolument bouleversant. On s’est regardés. Même vingt ans après qu’elle se soit éteinte, c’était une voix qui nous parlait toujours aussi fort. Et on n'avait pas fini de l’écouter.

Encore et encore.



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