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Articles

Affichage des articles du mars, 2016

Hélène Grimaud : Water

La matinée s'écoulait, sans programme et sans but, au début d'une journée où il y avait de la place pour l'imprévisible.

J'écoutais de la musique au casque, m'exerçant au matin pour retrouver l'usage de mon corps. J'avais eu envie au réveil d'un peu d'écriture. Il n'était pas encore midi quand j'ai décidé de m'asseoir sur le canapé, prenant le temps enfin d'écouter le dernier disque d'Hélène Grimaud, Water.

Aux premières notes, c'est l'envoûtement. Je choisis de l'écrire. Je reconnais le son de ce piano qui accompagna si fort ma vingtaine, le toucher raffiné de cette artiste que j'ai tant aimée et qui m'a ouvert un monde, celui de la musique classique. Je ne vais pas répéter l'histoire, puisque je l'ai déjà racontée ici.



Ce qui me frappe à nouveau, c'est son interprétation synesthésique, qui convoque immédiatement des images, des couleurs. Ici, évidemment c'est l'eau. J'imaginais dès le…

Dans la jungle de Agnès Vannouvong

J'ai cherché pendant des semaines un livre qui me conviendrait. Des mots qui m'éveilleraient, me feraient renouer avec cette part de mystère en nous qui nous fait aimer fort. Un roman, c'est comme une femme, on met longtemps à s'en remettre après l'avoir quitté, et on erre, un peu égaré, dans l'espoir qu'un improbable hasard jette un nouvel émerveillement sur notre route. C'est ce qui m'est arrivé après la Petite femelle de Philippe Jaenada. Une période étrange comme un deuil, à perdre l'envie d'écrire même, dans l'attente de savoir si un manuscrit où j'ai mis mon coeur allait être publié ou non. Dans cette curieuse hantise, j'ouvrais nerveusement des livres accumulés depuis des mois sans rien y trouver vraiment pour accrocher mon regard. J'étais comme en transit entre deux grands voyages. Une vie de lecteur est aussi faite de ces essoufflements.

J'attendais le hasard.



Il survint à la fin d'une soirée littéraire consa…

Ma lecture de La Petite femelle de Philippe Jaenada

Il y a des livres comme ça dont on veut parler. Les conseiller dans la flamme d'une conversation. Je me dis depuis des semaines qu'il faut que j'écrive dessus. Mais non, j'ai besoin du bordel de ma parole. De la manière dont je l'ai conseillé à tous mes amis ce livre. De ce rendez-vous un peu manqué avec un auteur que je n'avais pas lu avant sa dédicace et dont le talent m'a impressionné. Et un regard profondément non-aligné, humaniste, bienveillant, malicieux et profond. Une générosité et un ton à la Brassens dans une enquête extrêmement fouillée, et une plongée dans une époque troublée.



De la manière aussi dont il est délicat de reprendre un sujet et d'aller contre les idées reçues qu'il véhicule et les clichés qui lui sont associés. A quel point il est aisé de transformer une femme (forcément coupable) en démon. Pauline Dubuisson est certes une meurtrière mais elle devient également une femme voulant échapper un peu trop à sa condition. Elle a lu…