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Ma lecture de La Petite femelle de Philippe Jaenada

Il y a des livres comme ça dont on veut parler. Les conseiller dans la flamme d'une conversation. Je me dis depuis des semaines qu'il faut que j'écrive dessus. Mais non, j'ai besoin du bordel de ma parole. De la manière dont je l'ai conseillé à tous mes amis ce livre. De ce rendez-vous un peu manqué avec un auteur que je n'avais pas lu avant sa dédicace et dont le talent m'a impressionné. Et un regard profondément non-aligné, humaniste, bienveillant, malicieux et profond. Une générosité et un ton à la Brassens dans une enquête extrêmement fouillée, et une plongée dans une époque troublée.



De la manière aussi dont il est délicat de reprendre un sujet et d'aller contre les idées reçues qu'il véhicule et les clichés qui lui sont associés. A quel point il est aisé de transformer une femme (forcément coupable) en démon. Pauline Dubuisson est certes une meurtrière mais elle devient également une femme voulant échapper un peu trop à sa condition. Elle a lu. Elle veut être médecin. Dans les années 50 où le seul rêve un peu honnête est celui d'être ménagère. Elle devient une coupable idéale, presque expiatoire. Une figure paradoxale d'émancipation aussi sous la plume de Jaenada, qui la rapproche, jusque dans le titre de son bouquin, de Brigitte Bardot (il est inspiré d'un de ses personnages qui assumait avec superbe sa féminité et ses désirs). Son crime passionnel prend alors une dimension inattendue. Et puis suggère la tension de ces années là qui se cherchaient une expiation. Pauline a été tondue, elle a payé son insouciance et son insolence, quand toute une société s'est emparée de son cas, par l'intermédiaire des journaux, pour qu'elle cristallise tous ses démons.

C'est rare de tomber sur un grand livre. Un style fait de digressions aussi fantaisistes et irrévérencieuses qui vont contre tous vos réflexes de lecteur. Alors, de toute sa sincérité et même en cherchant ses mots pour lui rendre justice, on se plante devant la caméra et on se jette à l'eau pour faire notre déclaration spontanée et un peu désordonnée (comme tout ce qui est sincère).

Toujours sur le même principe, une seule prise sans coupures ni reprises. Comme dans la vie.

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