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Articles

Affichage des articles du mai, 2016

Les Loups de Sherwood de Nicolas Digard

Les légendes bruissent de mémoires en mémoires. 

Des histoires dont on ne sait plus si elles ont existé ou si elles font partie de notre imaginaire collectif, d’un lointain Moyen-âge ou de Walter Scott. Ainsi on se souvient de Robin des bois, dans le vif technicolor de l’extravagant Errol Flynn, le renard malicieux de Disney, la superproduction romantique portée par Kevin Costner... Jusqu’à la tentative un brin ratée mais pas dénuée d’intérêt de Ridley Scott qui tentait de revenir aux origines historiques du mythe. Mais si tout cela n’était qu’écrans de fumée et duperie ? Si la forme de tendresse que nous éprouvons pour ces contes qui nous accompagnent depuis toujours n’était qu’une vaste supercherie, pour masquer la cruauté et l’âpreté des temps lointains et rudes où ils se sont déroulés ? Tel est l’argument fascinant  des Loups de Sherwood de Nicolas Digard, publié chez Plon.



Le roman commence lors d'une guerre sanglante. S'impose d'emblée la désolation, celle des rues liv…

La Nuit, nous grandissons de Ben Brooks

Un matin, le facteur dépose un colis étrange dans ma boite. Je n’attendais rien, ruminant en silence mes douleurs de vieillard, attendant d’avoir envie de faire quelque chose. J’ouvre l’enveloppe. C’est un bouquin paru aux éditions de la Belle Colère dont j’apprécie le travail. C’est toujours soigné : d’abord, une couverture d’un carton épais, comme celui qui enrobe des trésors de jeunesse empilés au grenier, un titre écrit en lettres écarlates, dans une graphie manuscrite et rageuse. La Nuit nous grandissons, d’un anglais nommé Ben Brooks. Je suis intrigué. Je ne lambine pas beaucoup avant de l’ouvrir et de tourner ses pages au grain rugueux. Certains éditeurs savent décidément rendre la lecture sensuelle.


Le livre s’ouvre donc. J’y découvre un ado en train de chatter sur un site de webcam porno, tentant de ne pas payer son obole grâce à des expédients divers, un sens de l’esquive virtuose et un talent oratoire certain. Il parvient ainsi à vaguement tirer sa crampe et rêve, en grand…

La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

J’aime les livres-mondes.
Ceux qui vous dévorent, ceux qui vous engouffrent, ceux qui vous marquent, ceux qui font basculer le réel et bouleversent l’imaginaire. Ceux dont on a bien du mal à parler, sinon pour dire qu’ils sont extraordinaires et renferment quelque chose d'unique. J’ai ressenti ça en lisant Le Seigneur des Anneaux, en dévorant les tomes imposants du Trône de Fer, devant les Rougon-Macquart, perdu dans les délires cryptiques de Thomas Pynchon. Les entreprises folles, des écrivains démiurges qui ont bâti des cathédrales de mots. 
Un jour, je suis entré dans La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan publié chez cet éditeur extraordinaire qu’est Monsieur Toussaint Louverture. L'auteure est arménienne et a écrit son roman pendant une dizaine d’années, sans nourrir vraiment l’ambition de le publier mais juste pour y vivre. Il paraît que depuis qu'il est paru, elle en est orpheline. Et c’est précisément ce qui vous arrive en le lisant : vous allez y vivre.