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Articles

Affichage des articles du juin, 2016

Bye Bye Elvis de Caroline de Mulder

L’image d’une baudruche, clinquant comme un miroir de bordel à Las Vegas, singeant sa splendeur depuis longtemps perdue. Je suis né juste après sa mort, et étrangement, c’est l’image que j’ai toujours plus ou moins eue d’Elvis Presley. Comme si ça s’arrêtait au dernier moment et qu’on n’en sortait pas. Evidemment, je connaissais l’histoire, comme tout le monde. Dès qu’on s’intéresse à la culture populaire, il est un incontournable monolithe. Je ne l'aimais pas vraiment. Il a fallu cette rencontre de la semaine dernière avec Caroline de Mulder, auteure de Bye Bye Elvis, chez Actes Sud, pour que je comprenne enfin ce qu’était véritablement le seul véritable roi qu’aient jamais connu les Etats-Unis.


Dès les premiers mots du roman, j’ai été proche de lui, de son intériorité, de son monde. Cela s’ouvre sur sa mise en bière et ses obsèques. On entre par sa mort. On remonte doucement le temps, comme au revers d'une amnésie. On connait les derniers moments du King, où chacun de ces …

Ce que j'appelle jaune de Marie Simon

Il y a des livres qui nous attendent.
Et on se détourne, occupés à suivre un programme, un sentier battu, à respecter les règles que l’on s’impose. Je devais recevoir le livre de Marie Simon à sa sortie. Ça a cafouillé, je ne sais trop pourquoi. J’aimais ses statuts facebook, je souriais souvent devant, réagissais parfois. Et puis ce week-end, assailli par la furie du monde qui suintait de tous les tubes cathodiques, j’ai eu besoin de ses mots, de la découvrir à travers ce livre au titre étrange, Ce que j’appelle jaune. Ce n’était pas prévu. C’était un détour, alors que la pile de mes lectures m’appelait vers bien d’autres contrées. Mais il faut savoir se rendre à l’imprévisible, il renferme bien souvent les plus belles surprises.


Le livre parle par la voix d’un enfant dans le ventre de sa mère. Tout est ressenti par son prisme, par ce qu’il ressent en elle et avec elle. Il est comme un pressentiment qui grandit dans son corps, portant à la fois son passé, la marque de ses démons, e…

Houellebecq aux fourneaux de Jean-Marc Quaranta

La critique littéraire est un art délicat.
L’ayant pratiquée (et largement subie) à l’université, j’avoue avoir quelques réserves. Pour moi cela ressemblait à des batailles d’éruditions creuses entre les fidèles clairsemés de chapelles négligeables, auteurs d’ouvrages hermétiques qui n’intéressaient pas grand monde en dehors d’eux mêmes et de leurs disciples (souvent contraints de les lire). La chaire est triste hélas. Je ne doute pas que ces augustes spécialistes aient été passionnés par leurs sujets respectifs, mais ils croupissaient depuis tellement longtemps dans la poussière de leurs bibliothèques qu’ils avaient perdu l’entrain du Gai Savoir. 
J’étais baudelairien, je fréquentais mes semblables, ennemis jurés des hugoliens (alors que pour être honnête, j’aime bien le vénérable Victor). A cette époque, j’ai découvert Houellebecq. Il correspondait bien à ma vision désenchantée et perpétuellement ironique du monde. Avec cet humour et ce goût de la provoc’ qui me le rendait sympathi…

Eloge du chat de Stéphanie Hochet

Enfant, j’étais fasciné par les loups. 
La domesticité des chiens m’interloquait : cette relation servile, automatique et inconditionnelle avait quelque chose de tronqué. Non. Il me fallait conquérir. Et au fond pour aimer, il faut une part de mystère, d’étrangeté. Un jour que je lisais dans le jardin, un chat tigré qui tolérait ma présence sur son territoire s’est approché. Il tournait autour de la maison depuis un moment, me jaugeant de loin. Je le trouvais beau. N’ayant jamais eu de chat auparavant, je ne l’appelais pas. Ou si je l’ai fait, il a dû passer dédaigneusement son chemin. Mais ce jour-là, il s’est pris d’intérêt pour moi. Probablement parce que j’étais plongé dans un livre et que je ne l’avais pas remarqué. Il s’est avancé. Il a sauté brusquement sur mes genoux et les a labourés copieusement en ronronnant de toutes ses forces. 
Ce fut le début d’une amitié profonde, raffinée, précieuse. Lui se faisant à mes habitudes, à la maladresse de mes gestes et à leur caractère pa…

Vincent qu'on assassine de Marianne Jaeglé

Il arrive au détour d’un matin, qu’on tombe sur une passion ancienne. 
Une réminiscence de ma vingtaine, un peu enterrée sous mes habitudes et le temps qui passe. Je me suis souvenu d'abord d’un idiot pontifiant qui affirmait, avec toute la suffisance que sa chaire universitaire lui conférait, qu’il ne pouvait plus voir un tableau de Van Gogh, qu’il faudrait les enfermer dans une armoire obscure, pour ne plus en saturer notre regard. Tout en moi se révoltait devant cet air satisfait, venant ponctuer sa tirade creuse et vaniteuse. Je n’ai rien osé dire, j'étais jeune et mal-assuré. Moi, la lumière et les tourments du Hollandais me bouleversaient, m’invitant à redécouvrir la campagne que j’ai méprisée toute mon enfance, que je tenais pour banale, parce que j’y étais né. Ce peintre m’a appris à redécouvrir le monde. Et au détour de Facebook, j’entends parler de ce livre, Vincent qu’on assassine de Marianne Jaeglé, paru chez l'Arpenteur.


Je le commence, avec l’avidité d’un af…