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Articles

Affichage des articles du août, 2016

Le Grand Jeu de Céline Minard

J’ai des envies de silence, d’isolement, de retraite. Parfois c’est un lieu qui vous offre cet ailleurs, un être, un regard, un moment ou un livre. J’ai ressenti cette parenthèse en découvrant Le Grand jeu de Céline Minard paru chez Rivages. Une lecture singulière, hors de toute routine, qui vous convertit à son rythme particulier comme un poème ou une philosophie. Comme le temps qui s'écoule différemment et dont la perception change en pleine nature.


Une femme se retire dans la solitude, dans une sorte de grand container high tech, son habitacle à flanc de roche. Elle est là pour vivre en autarcie, et en autosuffisance. On la voit explorer les chemins, escalader, prendre soin de ses plantations. Et surtout mener une réflexion de fond. Comment vivre? Que fuit-on ? Les envieux, les ingrats, les imbéciles, les ennemis. Choisir la retraite c’est aussi implicitement rejeter ses semblables et les interférences qu’ils insinuent en vous. On la voit s’interroger sur ce qu’est la détresse…

La Mésange et l'Ogresse de Harold Cobert

Il y a des livres qu’on n’attend pas. Des sujets qu’on n’aurait jamais approchés, même avec le couteau sous la gorge.
A la faveur d’une lecture dans une librairie, j’ai rencontré Lisa Liautaud, éditrice chez Plon. Elle me parle de sa rentrée liittéraire et en particulier de ce bouquin de Harold Cobert (dont je connaissais déjà l’ouvrage consacré à Morrison, intitulé Jim). Cela parle de l’affaire Fourniret. D’emblée j’ai des réserves. Mon aversion la plus forte est depuis toujours celle que j’éprouve envers les violeurs d’enfants. Cela touche à une angoisse profonde qui m’accompagna durant tout mon jeune âge, me terrorisa même, alors que je découvrais l’existence de ces abjects prédateurs. Alors la perspective de passer tout un roman dans leur intimité avait de quoi me refroidir. Mais quand j’ai reçu les épreuves du livre, et devant les louanges que j’avais entendues concernant La Mésange et l’Ogresse, je m’y suis plongé. Je l’ai lu comme on retient son souffle.


Et j’ai été happé. Pri…

Les Mains Lâchées de Anaïs Llobet

Comment vit-on un désastre dans son intimité ? Quand les typhons et les tsunamis qui font les gros titres, les cataclysmes, les terreurs dont on recueille les échos, venus des quatre coins du monde, s’inscrivent d’un coup dans votre destin. Et quand le nom improbable d’une tempête, ici Yolanda, revêt pour vous des allures d’apocalypse ? Quel effet cela fait-il réellement ? On les entend les décomptes, les rumeurs lointaines et les dommages matériels. Mais s’est-on jamais identifiés à ce genre de chose, autrement qu’avec l’empathie automatique de ceux qui en sont préservés, ou à travers le filtre cynique des chaines d’informations continues qui, à force de rabâcher, vous hypnotisent dans une certaine indifférence, une habitude, un traumatisme stérile et abstrait et finalement une insensibilité, puisqu’un événement finit toujours par chasser le précédent ?


J’ai songé à tout cela en ouvrant Les Mains lâchées de Anaïs Llobet, premier roman bouleversant publié chez Plon. J’ai vu les image…