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Articles

Affichage des articles du septembre, 2016

Petit pays de Gaël Faye

La fortune de ce livre est déjà faite, me disais-je en hésitant à m’adresser à son éditeur pour obtenir un service de presse. Il n’a pas besoin de mes mots. Les libraires autour de lui ont déjà déchainé leur enthousiasme, il a eu le prix du roman Fnac, il paraît qu’il est envisagé pour le Goncourt. Et puis la pile à mon chevet commence à prendre des proportions dantesques, assez pour me décourager d’alimenter encore ma hantise du vide en y ajoutant un ouvrage. 
Pourtant… Ce Petit pays de Gael Faye m’attire. Alors je contacte les éditions Grasset, où je ne connais personne, par l’une de mes irrésistibles impulsions qui défient le raisonnable. Dans chaque livre, il y a un pressentiment, comme dans une rencontre. Une fatalité à laquelle on n’échappe jamais vraiment. Je m’embourbais dans l’ennui d’un autre roman quand j’ai reçu mon exemplaire. J’ai tout lâché pour l’entamer.


Je me retrouve plongé au cœur de l’enfance de Gabriel au Burundi au début des années 90. Son père est blanc, sa mè…

Règne Animal de Jean-Baptiste Del Amo

Dans les recoins obscurs de la mémoire s’attardent des sensations que l’on surprend parfois au détour d’une lecture. Dans les mots d’un autre. Quelque chose d’ancré en vous comme des racines.

Je suis né et j’ai passé mon enfance à la campagne. J’en connais les odeurs, j’en connais les saisons, j’en connais la rudesse. Je connais les existences qui y labourent. Ma famille n’était pas constituée d’agriculteurs mais j’ai su ce qu’était la vie de ferme. J’en ai été témoin, un peu malgré moi, car tout m’a appelé très tôt ailleurs. Vers les livres. Vers la ville, ses mirages et sa sophistication. Pour autant, ces temps-ci, je ressens la nostalgie de ces origines. Au gré des lectures dont je fais part ici, se dessine sourdement cette question. Comme une généalogie dont je recouvre peu à peu le sens, une mémoire atavique. Ma place dans l’époque, dans l’histoire, dans le monde.
Un matin, j’ai la grande joie de recevoir quelques ouvrages de la rentrée littéraire de Gallimard dont j'avais f…

Jim de Harold Cobert

Parfois, pas souvent, des livres vous reviennent comme des occasions manquées.
Ils trainaient comme ça, sur les étagères de votre subconscient et vous reviennent dans la fuite d’un trajet d’autoroute. Aussi imprévus que l’amour ou la mort. Ils étaient là en lisière de conscience à attendre de vous le bon moment, la bonne lumière, le tunnel de temps assez grand pour les accueillir.
Ainsi, roupillait depuis des lustres le Jim de Harold Cobert au fin fond de mon kindle. Je ne lui avais accordé qu'une lecture un peu perturbée par ce qu’était ma vie à l’époque de sa sortie. Distrait par l’existence, je ne m’y suis pas plongé comme il aurait fallu. Et puis, après tout ce temps et une semaine au vert à projeter autre chose, cherchant de quoi me dissiper, je l’ai ouvert comme ça, comme cédant à une envie de pisser. 
Au début, j'avais l’œil furetant, à me dire que ce n’était que pour la route, en attendant, que je n’allais pas m’enquiller encore un des gros bouquins de la rentrée litt…