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Articles

Affichage des articles du octobre, 2016

"Quelque part" de Amalia Casado

D‘un aveu je dirai que la musique me fait vivre. 
Qu’il ne se passe pas de jours où elle ne peuple mon monde, comme une respiration, comme un souffle de vie. 
Pas comme un bruit de fond mais comme quelque chose dont je ne saurais me passer, pour savoir le temps qu’il fait en moi. De quelle couleur sera le jour et de quelle humeur je l’aborderai. La musique est longtemps et sans exagérer, avec les livres, ce qui m’a accroché à l’existence. Même quand tout foutait le camp. Même aux heures sombres, il y avait toujours une chanson à écouter en boucle pour se dire qu’on n’était pas seuls.  

J’ai connu Amalia Casado à ses tous débuts. Elle partageait le bureau d’une amie que je fréquentais beaucoup alors. Nous ne nous connaissions pas, autrement que par facebook qui offre ce si curieux reflet des âmes. Nous avions échangé quelques mots empruntés. J’aime assez ces relations lointaines, ces gens qui font partie de votre horizon et ces rencontres en suspens. Des promesses pour plus tard. Des ami…

Chanson Douce de Leïla Slimani

Dès les premiers mots, dès la première phrase ("Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes"), j’ai su que ce roman serait un choc.
J’avais réussi à m’abstraire de la rumeur des prix où il était sélectionné. Je n’en avais entendu je crois, qu’une seule critique élogieuse, avant de scrupuleusement les ignorer, ainsi que je le fais à chaque fois, pour découvrir véritablement un livre. Et ce fut une expérience intense, bouleversante. Je l’ai absolument dévoré. Oui, cette Chanson Douce de Leila Slimani, publié chez Gallimard, méritait bien tous les lauriers qu’on lui tresse, pour la simple et bonne raison que j’ai eu bien du mal à le lâcher pendant toute la journée d’hier. Et qu’il est rare, même pour moi, qu’un roman ne dure qu’un jour et soit si troublant.

Troublant car il touche au crime absolu, et à la folie insoupçonnable sous l’apparence la plus innocente. Et puis, peut-être plus profondément, parce qu’il évoque deux mondes qui cohabitent tout en s’ignorant. Les gen…

L'insouciance de Karine Tuil

Il y a des univers qui vous happent, des destins en déliquescence qui vous entrainent dans leur chute. Rien n’est plus hypnotisant que des existences qui s’effondrent comme des catastrophes en ralenti, des accidents qui attirent les regards (même si on s'en défend). Notre époque est celle du deuil des insouciances, des certitudes, des catégories et des destins tous tracés. Personne n’est à l’abri d’une déchéance, d’une désillusion ou d’une injustice, dans tous les aspects de la vie. Les insouciances se désintègrent, côte à côte et pourtant fatalement solitaires. Ces pensées ont trouvé leur incarnation dans le roman de Karine Tuil, l’Insouciance, publié chez Gallimard.


Il vous accroche d'emblée comme une série télé qui va accumuler les points de vue et croiser les destins. Sa structure ambitieuse rappelle ces exploits narratifs que sont Le Bureau des Légendes, Homeland ou House of Cards. Rarement ai-je eu récemment l’occasion de saisir un livre qui ait cette efficacité-là, cet…