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K.O Debout de Mahault Mollaret

Je viens de finir K.O Debout, de Mahault Mollaret, qui sort chez Plon.

Et putain comment je fais pour en parler normalement maintenant ? Je peux vous sortir le refrain habituel, vous faire le résumé en italique, vous dire que c’est génial, que c’est la quintessence de l’adolescence, des misfits, la tarte à la crème habituelle, l’Attrape cœur, Salinger et compagnie.

Oui je pourrais faire ça. Et ça serait bien, ça passerait, ça ferait le mec renseigné, qui a des lettres, qui sait de quoi il parle. Mais la vérité c’est que non, je ne sais pas de quoi je parle. Je suis entré dans ce bouquin et me disant « mais c’est quoi ce truc ? ». Un monologue intérieur, direct dans la tête d’un gamin chaotique, solitaire, à part, dont les seuls amis sont morts et s’appellent Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison (ça nous fait déjà un point commun). Un gamin qui adore son père mais qui va bientôt le perdre, et qui a une mère qui veut tellement fuir sa réalité qu’elle finira par faire de l’humanitaire en Inde.



Je dis ça et j’ai toujours rien dit. Ça ne m’arrive jamais d’avoir envie d’apprendre un texte par cœur. Mais là, il y a de ça. Vous avez ma parole. Chaque page est foudroyante de beauté. Des formules à se damner, tellement que j’en ai transformé une en statut facebook (si ça, c’est pas de la légion d’honneur!) : « Ce jour-là, il faisait beau. Le genre de ciel qui me donne envie de guillotiner l’horizon ». Il y a des phrases comme ça. Tout le temps. Vous vous arrêtez pour les lire, comme on se gare sur le bas côté d’une route pour photographier un paysage en murmurant un « waow » sincère.

Et là, vous vous dites que je l’écris pas comme d’habitude, ma chronique. Vous avez bien raison. Parce que ce bouquin, je viens de le refermer, là y a cinq minutes. J’en frissonne. Vous en connaissez beaucoup vous, des romans qui vous filent les larmes aux yeux, tellement c’était beau, tellement c’était vrai ? Des qui vous restent comme une chanson que vous essayez de chanter juste, même quand la musique est finie pour en prolonger l’effet. Ce texte, ça sera ça. Et tant pis si c’est maladroit, tant pis si ça sert à rien, tant pis si c’est pas classique.

La pire chose que je pourrais faire c’est d’en parler de façon classique. Parce que vous comprenez je l’ai ressenti en moi ce gamin persuadé qu’il va crever à 27 ans. J’ai aimé son côté, « je suis à part et je vous emmerde ». J’ai aimé le monde qu’il s’inventait, à qui il refaisait le portrait. J’ai aimé son amitié fusionnelle avec son copain Ramon, un gamin complètement paumé et fantasque qu’il finit par considérer comme un frère. J’ai aimé sa manière de parler de ça, cette tendresse absolue, trop échevelée pour la réalité. Cette complicité tourmentée et entière entre les êtres. Ce duo à la Harold et Maude entre Ramon et Marcelline. Cet amour sans nuances, absolument beau et cabossé que le héros éprouve pour Zoë.

Il y a des langues qu’on vit. Qu’on ressent, qui font vibrer comme des coups, des caresses, des fulgurances. Ça fait un moment que je n’avais pas croisé quelqu’un qui ravale la façade du français, qui s’y fasse un petit coin, rien qu’à lui. Mahault Mollaret a fait ça. C’est beau comme un quotidien auquel un peintre aurait redonné ses couleurs. Parfois c’est harmonieux, parfois c’est insolent et criard. C’est toujours tendre. Il y a toujours ce côté « eux contre le monde ». Un sorte d’univers pirates en marge que tous les croquants ne pourront jamais comprendre.

Et là, je pense à une rébellion incorruptible, aux allumés, aux dingues déjà célébrés par Kerouac qui seuls, savent rendre le monde intéressant. Même s’ils sont fous à lier et à l’occasion criminels. On flirte tout le temps avec eux avec les émotions poussées à bout, ce quelque chose d’entier qui peut toujours mal tourner. Evidemment, ça ne loupe pas. Mais il y a toujours dans leur manière de faire, quelque chose d’une intégrité de l’étrange. Jamais ils ne deviennent communs, jamais ils ne deviennent chiants.

J’ai eu peur au début de ne pas y entrer. De regarder les évènements se dérouler et de me sentir un peu en dehors. Un peu trop vieux pour ces conneries. Et puis j’ai adoré. J’ai ri souvent, j’ai eu peur, j’ai halluciné devant des phrases à la beauté puissante comme des coups de feu. Pourtant, y a pas de fioritures. C’est près de l’os, c’est cru et ingrat, souvent.

Mais c’est beau. Juste beau.

Parce qu’il y a là une manière de « live fast, die young ». J’ai rarement vu une aussi belle manière de dire ce qui vous écorche vif quand vous êtes gamin, ou jeune. Et ce livre est saisissant d'authenticité.

Je ne vous ferai pas non plus le coup de la conclusion cheap, comme quoi ça m’a laissé K.O Debout et que c’est super bien trouvé comme titre.

Je vous dirais juste que je n’ai pas assez de mots pour vous dire à quel point j’ai aimé.
Que ce livre m’a coupé le souffle.

Et que je ne m’y attendais pas du tout.

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