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Articles

Affichage des articles du août, 2017

Je suis ici pour vaincre la nuit de Marie Charrel

Certains livres arrivent par hasard et par chance.
J’allais partir de cette soirée d’anniversaire. Il se faisait tard. Un mec jouait de la guitare dans le petit café où j’avais été convié. J’avais fini mon mojito et la nuit était rythmée par les premiers départs. Je n’avais pas parlé à tous ceux que je voulais, comme c’est le regret qui conclut parfois ce genre de réunion. En sortant, je croise une amie qui me tance gentiment de m’avoir encore manqué. Alors je reste encore un peu. En face d’elle, il y a Marie Eugène, éditrice de chez Fleuve, que je ne connais pas. Elle me parle de ce roman de Marie Charrel. Je lui oppose paresseusement l’amas de livres qui attendent ma lecture et dont je commence à comprendre au fond que je n’en viendrai jamais à bout et que c’est toute la beauté de la chose. Mais ici, elle me plait. Sa flamme et sa passion me touchent. Quelque chose de profond s’écoule dans ce livre, je le devine déjà. Je sais que lorsqu’il arrivera, je le lirai, sourd à toutes mes …

Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer

Ressentir les esprits disparus, comme des passés qui vous traversent et rendent son souffle à l’histoire. C’est ce que je recherche dans la lecture, dans les films. Particulièrement concernant la seconde guerre mondiale et ses témoignages qui marquent au fer rouge. Ces images du Fils de Saul qui vous hantent, les intimités détraquées en huis clos de la Chute, le froid regard des Bienveillantes qui dissèque ce passé dans l’indifférence d’un monologue intérieur sans remords.
J’ai été constitué par ce genre de récit, dont je constate avec stupeur qu’ils commencent à se raréfier, la mémoire à s’atrophier. Ça va vite. Les consciences, par paresse, par lâcheté aussi, parce que ça nous confronte à nos contradictions, ne veulent pas s’encombrer de passés trop lourds. Pourtant l’horreur nazie continue de nous façonner et de constituer un terrible précédent. Avec également ce degré de fascination morbide que l’on ressent devant le mal à l’état pur. Très tôt, plutôt que de le rejeter, je m’y su…

Lettre à Sigolène Vinson sur les Jouisseurs

Bourgogne, quelque part en juin:

Chère Sigolène,
Si je t’écris, c’est pour te dire que j’ai failli te manquer.
Du fond de la retraite que je me suis choisi, sans réseau wifi et sans téléphone, je n’ai que Les Jouisseurs, ton prochain livre qui sort bientôt aux Editions de l’Observatoire (le 24 aout, je crois). Compagnon de voyage singulier. Et obsédant. Il s’en est fallu de peu que je ne passe à côté.


J’ai reçu ton dernier roman Courir après les ombres quand il est sorti en poche, il y a quelques mois. Au milieu de cet improbable surmenage qu’entraine chez les lecteurs presque professionnels comme moi l’hystérie des rentrées littéraires. J’en avais lu les premiers mots. Ils m’ont paru arides. Je ne t’ai d'abord pas comprise. Je n’étais pas vraiment disponible à ton étrangeté, à ton envoûtement, au dépouillement de ta langue. J’en étais à cette saison où on a besoin d’adjectifs. Où on rêvasse devant les toiles de Monet et où on ne comprend pas les cauchemars de Pollock ou les fenê…