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Articles

Affichage des articles du mars, 2018

Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin

Je ne connaissais pas Valérie Perrin. 
C’était un dimanche il y a un mois. J’avais été invité à retrouver une amie au café Pouchkine, un curieux fragment de Russie classique, un salon de thé et une faille dans le temps, place de la Madeleine. J’étais heureux. Je ne la connaissais qu’à l’écrit. On correspond depuis longtemps et on partage une sensibilité commune, une passion littéraire dévorante, une sorte d'intensité, une sincérité à vif qui s’exprime à chaque mot. Une volonté tacite à éviter les petites conversations. Elle me dit qu’elle veut me présenter son amie Valérie, d'un cœur et d'une humanité immenses, me dit-elle avec sa belle exaltation.
Nous nous retrouvons. Nous parlons. Valérie arrive. Je me souviens de son entrée. Une belle dame brune avec un beau sourire. J’aime bien les beaux sourires. On hésite, on se vouvoie deux minutes. Et puis on se tutoie très vite parce qu’on se rencontre et on se rejoint pour de vrai. Elle sort de son sac un bouquin. Celui qu’elle…

Le mal des ardents de Frédéric Aribit

C’est la fin d’après-midi. Un samedi enfermé dans ma chambre quand je devrais me joindre aux voix joyeuses que je devine dans la cuisine. Pas encore. Pas maintenant.
Je viens de quitter Lou et personne encore ne le sait.
Dans le casque j’ai mis la symphonie « pathétique » de Tchaikovski, que je ne connaissais pas mais qu’elle aimait tant.
J’ai envie de le prolonger ce bouquin. Je l’ai aimée, Lou. C’est bête et vain de l’admettre, mais je l’ai même adorée. Dans l’une de ces toquades dont je suis capable souvent, à prendre mes désirs pour des réalités.
Des amies précieuses qui connaissent mon cœur me parlaient de ce roman de Frédéric Aribit depuis longtemps. Il est paru l’année dernière chez Belfond. Avec ce beau titre qui m’avait d’abord attiré. Le mal des ardents. J’en avais lu les premières pages étranges. Je l’avais laissé reposer, comme ça arrive parfois quand on tombe sur du beau et qu’on n’a pas envie de le galvauder ou de le précipiter. Les livres aussi attendent leur heure. …

Les nouveaux anciens de Kate Tempest

Retrouver la mémoire de l’éternité.
S’émanciper de la tyrannie du présent et de l’amnésie qu’il impose un peu partout, de cette réalité qui vous écrase comme un sommeil sans rêves. Un désenchantement et une grisaille permanente. Une lassitude sans imagination. Juste le désenchantement au fond des regards fourbus et des destins inconscients d’eux-mêmes.
J’ai retrouvé à l’aube les mots de Kate Tempest. J'ai découvert en elle sans doute la plus belle voix de notre époque, depuis que j’ai cliqué sur cette vidéo où elle déclamait un extrait de ce livre, les Nouveaux anciens (paru chez l’Arche, traduit par D' de Kabal et Louise Bartlett). J’ai été absolument soufflé. Il y a quelque chose en elle de l’intensité de Patti Smith, de ces moments où on voyait Ginsberg déclamer ses poèmes, capter son époque. Et ce flow incroyable, hypnotisant, cette grâce de la rue qui s’incarne dans une artiste qui immédiatement devient symbole. L’impression de découvrir Dylan. Mais je n'aime pas cet…