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Articles

Affichage des articles du juillet, 2018

Taqawan de Eric Plamondon

J'ai rapporté de la campagne où j'ai passé une semaine la nostalgie de son silence. Ce temps enfin retrouvé, allongé, et consacré uniquement à la lecture et l'écriture, sans interruptions ni notifications. Ce temps inviolé qui, en nos temps syncopés et privés d'ennui, est un luxe singulier. On recouvre la mémoire du ciel. On se lève et on se couche avec le soleil. On n'allume pas d'écran, on ne se laisse plus distraire.

J'avais pris dans mon sac ce livre qui m'avait été envoyé et que j'avais longtemps négligé. Sans doute parce qu'on en parlait beaucoup autour de moi et que j'avais l'impression ridicule de déjà le connaitre. Mais une conversation avec ma libraire de coeur, m'en vantant les mérites, m'avait décidé à l'emporter dans mon baluchon. Je gardais de plus un joli souvenir d'une rencontre impromptue au salon du livre avec Pascal Arnaud, éditeur chez Quidam, qui publiait en janvier ce roman étonnant, Taqawan de Eric …

De la bombe de Clarisse Gorokhoff

« Waow. »
C’est tout ce que je pouvais me murmurer passé les premiers mots. Le regard agrandi et le souffle fondu sur le rythme des phrases. Le cœur battant à l’intérieur. L’envie de les gueuler comme Flaubert pour en éprouver la musique. Certaines qui sonnaient comme des alexandrins. Mon premier contact avec De la bombe de Clarisse Gorokhoff (paru chez Gallimard), c’était ça. Une écriture qui s’incarne, qui me fait vibrer. Des mots comme des frissons au scalpel. Des sensations.


C’est rare les sensations en littérature. Ça précède le sens et la réflexion, c’est reptilien et c’est ce qu’il y a de plus dur à provoquer. Là, on y est. Sur les bords du Bosphore en Turquie, dans le hall de cet hôtel Four Seasons, collant aux basques de cette femme, Ophélie, portant une bombe dans son sac. On épouse son regard nihiliste sur ce néant aisé, sur ce décor encadrant le désoeuvrement de gens riches, sur la vengeance intime qu’elle veut prendre sur cet homme, Sinan, avec qui elle a eu une liaison pas…

Mistral Perdu ou les évènements de Isabelle Monnin

C’était à une lecture commune de Lisa Balavoine et de Sophie Lemp dans une petite librairie parisienne. Dans leurs ouvrages respectifs, Eparseet Leur Séparation, et dans leurs voix mêlées, on entendait un peu le chant de ma génération. Ces objets devenus si vite désuets (les walkmans, les magnétoscopes, les minitels et les compact discs). Sophie a donné lecture d’une scène qui m’a fait frissonner tant je m’y suis reconnu et tant j’y ai retrouvé une parenté avec un épisode d’enfance à moi : chanter Renaud sur la plage arrière. L’écouter. Apprendre des gros mots avec lui et se découvrir une conscience politique. Renaud ou le grand frère de tous ceux qui ont mon âge (enfin, les bons, ceux que je connais et que j’aime). J’en parle à Sophie. Et comme à chaque fois que j’en parle, j’ai presque un sanglot dans la voix.
J’avais comme tous les jeunes cons le mépris de la nostalgie, très peu pour moi. Moi j’avance et je ne regarde jamais les albums photo. Mais Renaud, c’est ma tendresse et mon…

Kate Tempest à Shakespeare and Company

Hier soir, j’ai connu sans doute l’un de mes plus beaux voyages
J’étais passé plusieurs fois devant cette librairie mythique, Shakespeare and company, Celle de James Joyce, de Gertrude Stein et d’Hemingway. L’un de ces endroits auréolés d’histoire et havre de beaux fantômes. Un lieu dont je rêvais aussi, depuis longtemps, à portée de vue de Notre Dame, un cadre légendaire et un peu intimidant. 
Kate Tempest lit ce soir. 
J’ai prévenu mes amis précieux, espérant qu’ils puissent venir ce soir tant l’artiste est exceptionnelle et provoque en moi une déférence stupéfaite. Je sais d’emblée que je ne m’imposerai pas. Que je ne chercherai pas même à l’approcher. L’admiration me prive de mots et d’aisance, ravive ma timidité tapie jamais bien loin dans les nœuds de mon ventre. Quand c’est comme ça je tremble et ça ne s’estompe pas. Comme quand j’ai rencontré Sigolène Vinson. Il y a des gens qui vous foudroient. Pas beaucoup. Mais il y en a.


J’arrive avec une heure d’avance. Le taxi n’était p…

Casse-Gueule de Clarisse Gorokhoff : Les corps mis à nu

Il y a des livres dont on sait avant même de les ouvrir qu'on les aimera. Comme une intuition. On a jamais vraiment besoin de déclarer sa flamme. Elle existe déjà. Elle nous précède. Dans le silence qui annonçait les mots du Casse-Gueule de Clarisse Gorokhoff, paru chez Gallimard, il y avait déjà tout ça, les nuages amoncelés avant un orage qui a tout emporté.



Comment mettre des mots sur un coup de pied au ventre? Maquiller mon émotion dans l'exercice automatique d'un résumé et produire un avis d'une objectivité factice? ça ne s'y prête pas. Un ouvrage qui touche si fort, ça défie les mots et toute forme d'exercice, toute forme d'habitude. Hier, finissant le livre comme on revient d'une apnée profonde, j'ai hésité à sauter sur le clavier tout de suite. Sauf que j'avais l'émotion qui me paralysait le vocabulaire. Et toute l'habileté que je déploie ici semblait impuissante à traduire ce que je ressentais. Il y a des romans qui dépassent to…

La Fin du monde est plus compliquée que prévu de Franck Thomas

C’est l’été. Les juilletistes commencent à agglutiner leur ennui sur toutes les plages, à déserter Paris et à me laisser, seul avec mes piles de livres dantesques. Je ne vais pas mentir, ces derniers temps, j’étais en panne. Préoccupé par d’autres choses, certaines agréables et d’autres un peu moins. Mais aucun livre ne parvenait vraiment à me retenir, je n’étais pas d’humeur, j’avais la migraine, c’était pas de leur faute, certains étaient même sûrement très bons, mais aucun n’était parvenu véritablement à me fixer. Alors je me lance à l’assaut, un matin de la semaine dernière, sans considération de date de sortie, d’impératif quelconque. Je feuillette, un ou deux bouquins, un peu au hasard. Ça ne prend pas.
Je continue l’exploration de mon butin désordonné et je tombe sur ce livre étrange : La fin du monde est plus compliquée que prévu de Franck Thomas, un premier roman débusqué par l’excellent David Meulemans, éditeur que j’aime aux Forges de Vulcain. Il me l’avait envoyé il y a u…