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Articles

Affichage des articles du octobre, 2018

Les exilés meurent aussi d'amour de Abnousse Shalmani

Je ne connaissais Abnousse Shalmani qu’à travers le miroir déformant des écrans. J’avais traversé Paris ce soir où l’automne égouttait ses premières pluies. Pour arriver à cette librairie dans le 11ème. Je m’étais perdu dans le quartier et j’arrivais en retard, humide et hors d’haleine. La rencontre avait commencé. Je me gare discrètement. Abnousse me salue d’un grand sourire. Elle me connaissait, appréciait mes articles comme je l’ai su par la suite. Moi je la découvre. Et je suis totalement sous le charme.  Après la rencontre, j’allais partir quand elle m’invite à me joindre à son petit groupe d’amis pour diner tous ensemble. A fumer des clopes et à refaire le monde. A m’émerveiller de sa manière de parler et de s’intéresser à tous…

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de cette femme qui m’a fait partager son univers, ses engagements, son humour et sa chaleur. Pendant toute la soirée, j’avais son livre tout contre moi, les exilés meurent aussi d’amour, paru chez Grasset. Je me…

L'Homme Nécessaire de Bénédicte Martin

J’ai depuis mon enfance une fascination pour les gens qui se consument. Les écorchés-vif, les romantiques et les fiévreux dostoievskiens. Il m’en a fallu du temps pour discerner l’emphase, la fausseté, la bouffonnerie et la grandiloquence un peu vaine sous le charme des excessifs. Ou peut-être ai-je simplement vieilli et n’ai plus le souffle des trop grands adjectifs. Pourtant, ils demeurent la base de mes passions esthétiques. Alors quand Juliette Bouchet, dont la folie ressemble fort à la mienne, m’incita à lire L’Homme Nécessaire de Bénédicte Martin (paru chez Sable polaire), en des termes auxquels je ne pouvais décemment résister (« On dirait un collier de pierres précieuses qui se mangent. Tu vois le genre. Des Dragibus précieux. Il est sublime. Je l’ai lu en deux ou trois jours. Rarement lu de texte aussi beau et sauvage. »). C’est elle qui m’a décidé.



Je tournais autour de ce livre avec une certaine méfiance, je l’admets. C’était un truc étrange, ça parlait d’une passion vécue…

Des Mirages plein les poches de Gilles Marchand

Retrouver les mots d'un ami. Ce n'est pas rien.

C'était il y a quelques mois. Il me les a envoyés dans un message, m'enjoignant pour de faux à le lire dans l'heure. Ce que j'ai fait. Il était surpris et ravi. Je lui ai commenté ma lecture en direct. En désordre, sur un écran déconcentré. L'autre jour, je reçois le livre et sa touchante dédicace. Gilles Marchand, qui fut l'un des premiers à croire en moi, à me parler littérature, pour de vrai et avec intransigeance, et qui continue de le faire. Avec qui on a vécu de beaux moments. Tissé un lien presque fraternel. Enfin, l'un de mes amis proches en somme.

Je n'oublie pas que depuis Une Bouche sans personne et davantage encore avec Un Funambule sur le sable, il m'a fait découvrir un univers. Une fantaisie qui réenchante le monde en crescendo, une poésie et une folie douce qui m'a fait souvent sourire. Qui m'a fait du bien, comme une grande bourrasque d'air frais. J'ai envie de p…

Stupeur et tremblements de Amélie Nothomb, mis en scène par Layla Metssitane

Hier, je voyais Layla Metssitane jouer sur scène pour la première fois. Je ne l'avais vue qu'au cinéma dans l'exercice de son art, dans ce merveilleux film, le Puits, où elle jouait une mère brisée. Je m'émerveillais de l'entendre en lecture, sa manière d'épouser un texte, de le contenir, de le projeter. On s'est vus souvent pour partager l'exceptionnel (de l'étreinte de Amma aux Foo Fighters), elle a été depuis des années un regard précieux pour moi, une main légère sur mon épaule et une amie véritable. Elle courait le monde avec son adaptation de "Stupeur et tremblements" de Amélie Nothomb. Une tournée fascinante qui a duré longtemps. A chaque fois que je voyais des photos je pestais de ne l'avoir pas vue. Mais elle m'avait prévenu de ces dates à Paris il y a longtemps, m'a dit en souriant que cette fois il fallait que je vienne, qu'elles étaient pour moi.


Julie Estève et moi nous retrouvons avant. Je lui offre les Jouisse…

Être beau de Frédérique Deghelt et Astrid Di Crollalanza

A chaque photo je frissonne. Et chaque page m’émeut aux larmes.
Je m’attache aux prénoms, j’essaie de les retenir. J’essaie de me souvenir de chaque histoire, de chaque destin. Et je devine en eux les mêmes blessures que moi. Je surprends dans leur regard les mêmes flammes que dans le mien.
Ça m’ébranle. J’ai rarement autant été ému par un livre. Cette fois-ci c’est tout près. Cette fois-ci, c’est trop près. Je maintiens presque toujours une distance de metteur en scène avec ce que je lis, j’organise les mots et je me les représente, je me les projette. J’observe le processus. Sauf que là je ne peux pas. Là ça articule des choses que je n’ai dites à personne. Que je pensais sans doute être le seul à ressentir.
Être beau de Frédérique Deghelt et la photographe Astrid Di Crollalanza paraît le 3 octobre chez Stock. Caroline Laurent, mon amie et éditrice, m’avait parlé la première de ce projet alors que nous déjeunions ensemble. Elle me disait que mon regard serait précieux. Je me dis que…

Je, tu, elle de Adeline Fleury

C’était dans la belle librairie les Libres champs il y a une dizaine de jours. C’était l’un des derniers jours d’été. J’avais passé une partie de l’après-midi au jardin du Luxembourg en attendant la lecture d’Adeline Fleury. Son livre en bandoulière et tout contre moi. Je, tu, elle aux éditions François Bourin. Le lisant comme on s’approche d’un feu trop ardent. Les yeux un peu trop grands. Le coeur qui bat trop fort à l’intérieur des phrases.


Très vite, je m’y suis vu. Il est des romans qui grattent les cicatrices, et les anciens chagrins viennent s’articuler dans les mots trouvés par un autre. Je ne sais de quelle nature est ce genre de frisson. De la reconnaissance et de l’émotion. De l’appréhension aussi à revisiter les affres des passions trop intenses, à s’autoriser le flashback, à se souvenir de ce temps où notre raison ne pouvait rien pour nous, où on n’était qu’amour, où ça vous brulait vif. 
Ça touche au plus intime. Ça touche à ce qu’on ne contrôle pas. Ça touche à l’intensit…