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La nouvelle collection Arpège de chez Stock

C'était un matin singulier. Les manifestations étaient prévues dans l'après-midi. Quand j'avais ouvert le rideau, il faisait encore nuit. J'étais convié au lancement de la collection Arpège que dirige mon éditrice Caroline Laurent chez Stock. Je n'étais pas directement concerné n'étant pas lancé sous cet étendard, mais elle m'avait grandement encouragé à être présent. Evidemment je savais que je n'allais pas échapper à être évoqué.



J'y allais cependant pour Arpège. Pour le livre de Theodore Bourdeau, Les Petits Garçons, pour le superbe les Heures Solaires de Caroline Caugant et pour enfin soutenir mon amie Agathe Ruga, dont le roman, Sous le soleil de mes cheveux blonds, sortira en mars en même temps que le mien, ce qui a encouragé entre nous un lien singulier et complice.

L'heure est très matinale, incongrue un samedi matin. Je ne suis pas encore vraiment sorti du sommeil. Et je découvre la librairie Ici, nouvellement ouverte sur les Grands Boulevards, un espace magnifique consacré à la littérature. Où l'on peut s'abreuver de café, se poser pour bouquiner, un espace de vie plutôt que de passage.

Nous descendons. Les blogueurs se disposent sur les gradins, Caroline me dit d'un mot qu'elle parlera de moi en fin de rencontre. Je suis au bout du premier rang et juste à côté d'Agathe sur la scène, dans un entre-deux.

Caroline Laurent oeuvrera en maitresse de cérémonie, avec la malice et la bienveillance qui la caractérisent, introduisant ses auteurs par de réjouissants portraits chinois. Théodore Bourdeau ouvre le bal, avec son roman d'apprentissage qui explore la trajectoire de deux amis. Un roman entre deux opposés, dans ces vies désormais rythmées par les attentats. Dans un monde cabossé. Je ne vais pas trop m'avancer, je ne l'ai pas encore lu. Mais il a parlé de sortie de l'enfance, de cette pureté après laquelle on finit par courir toute sa vie, dans ce cours des choses qui finit sans doute par nous corrompre et parsemer notre parcours de désillusions éclatantes.

Ce qui me frappe d'emblée, c'est l'ambition romanesque de cette collection. Il s'agit d'embrasser des vies et de les sublimer dans le souffle des pages qu'on tourne. Une envie de fresque. De faire un pas de côté, dans une manière de parenthèse et de recueillement que la littérature permet pour mesurer ce que le destin nous fait, comme il nous fait grandir, comme il nous apprend, et comme, sans doute, il nous abime.

C'est ce que j'ai ressenti en ouvrant le livre de Caroline Caugant, Les Heures Solaires. Je ne l'avais pas prévu, il était sur le bureau. J'ai lu la première page. J'étais foutu.  Dès le premier paragraphe, je l'ai aimé. Je me suis attaché à Billie, cette artiste tourmentée. Et surtout à ce récit qui traverse la vie de trois femmes et de trois générations marquées par le cours d'une rivière. Les non-dits et les secrets dont on hérite, ces névroses et ces traumatismes qui constituent notre héritage, ce récit ininterrompu entamé par nos aïeux et qui nous traversera, et dont les zones d'ombre se prolongeront bien après nous. Ce qu'on sait. Les souvenirs qu'on déterre. Les douleurs inavouées. Dont on a l'intuition sans toujours savoir les nommer. Les fantômes qui reviennent et les mémoires qui s'effacent. Caroline Caugant a évoqué tout cela. Le journal retrouvé de sa grand mère. La lumière du sud où son héroïne passait ses vacances d'enfant et qui nimbe son roman. Son livre m'a captivé, par son sujet et par son style. Par une timidité qui me ressemble assez, je ne lui en ai rien dit.

Enfin ce fut le tour d'Agathe Ruga, qui me lançait sans cesse des regards inquiets et que je tentais de rassurer d'un sourire. Elle évoque son roman, Sous le soleil de mes cheveux blonds, l'histoire d'une amitié entre deux femmes. Ces amitiés qui s'interrompent, qui disparaissent du jour au lendemain et dont le souvenir revient à la faveur d'une grossesse. Je ne peux qu'imaginer le roman, avec la sensibilité et l'humour d'Agathe. Mais encore une fois, c'est un temps long, une exploration d'intimités qui évoluent sur des années, avec cette ampleur initiatique que l'on sent dans cette collection, qui donne à ressentir des vies sensibles et denses par l'alchimie de la littérature.

Je fus le cadeau bonus, le pas de côté de Caroline, qui a tenu à m'évoquer également. J'étais terrassé par l'émotion à parler pour la première fois publiquement de mon livre. Et je n'en dirais pas davantage ici.

Au dehors on avait entendu une agitation inhabituelle, juste avant de descendre. Un immense fracas qui ébranla la vitrine de la librairie. Il y avait eu une tragique explosion au gaz à cent mètres de là. Plus que jamais la littérature m'est apparue comme le seul refuge à la stridence des sirènes. Les livres comme des rêves fragiles, romantiques et nobles, à la fois au coeur du monde et des vies, et aussi un peu à côté, dans le sentiment d'éternité, de compréhension, d'émotion que l'on peut y puiser. Rencontrant d'autres regards pour y trouver le reflet de sa propre histoire et de sa propre expérience de l'existence. S'y accrocher. S'y rassurer. Se tenir chaud.

Ce matin-là, il y avait tout ça.

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