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Articles

Affichage des articles du juillet, 2019

A crier dans les ruines de Alexandra Koszelyk

C’était une rencontre. Un jour d’été de l’année dernière, un café de banlieue parisienne, une terrasse sur un trottoir aux allures de fournaise. La grande silhouette blonde devant moi. On avait parlé de notre passion commune, d’écriture, de philosophie, de langues anciennes et de mythologie. On avait énormément de choses à se dire, le déjeuner s’était étiré. Elle m’avait confié avoir écrit un texte. Je venais de terminer mon manuscrit dans l’une de ses dernières versions. On s’est promis de se lire mutuellement. De se soutenir. Cette solidarité touchante qui se noue parfois entre les êtres de mots, ceux qui au fond ne vivent que là véritablement. 
Alexandra Koszelyk, timide, farouche, a ce feu en elle quand elle parle de littérature. Choisissant soigneusement ses mots. Le regard qui se lève. Enflammé. Transcendé. C’est cette intensité que j’ai retrouvée au soir, en découvrant son texte, déjà incandescent. La première version de ce qui allait devenir A crier dans les ruines, qui sort …

Et les Beatles montèrent au ciel de Valentine Del Moral

J'étais sur l'autoroute hier. J'avais mis des chansons de côté et mon téléphone les jouait aléatoirement. Je les écoutais d'une oreille distraite en regardant défiler le paysage. Sans songer à rien de précis, sinon que l'un de mes grands plaisirs était de revenir quelque part. Et puis dans le casque survient "Hey Jude" et son irrésistible consolation. Je ferme les yeux d'aise. Je souris doucement. Je pense aux gens que j'aime et qui aiment les Beatles. A Paul, à George, à John et à Ringo. Toujours là, avec leurs mélodies parfaites, leur sourire et leur génie, leur musique torsadée autour de nos plus chers souvenirs. De nos plus chers regards. Des harmonies qui, chaque matin, nous donnent assez de force pour affronter l'avenir.

Les Beatles, c'est cela : ça nous raconte. C'est Gilles qui battait la mesure sur ses cuisses pendant le concert de McCartney avec un sourire de grand gamin heureux, c'est les grands yeux de Sigolène quand el…

Arabe de Hadia Decharrière

Un jour, mon amie Layla me dit que son prénom veut dire "la Nuit". Je me souviens de ma surprise et mon émerveillement, qu'une langue dont j'ignorais tout m'ouvrait un monde de références. Il était beau sur elle, ce clin d'oeil étoilé. C'était comme un bijou. Il la racontait déjà ce baptême. J'avais l'impression qu'elle m'avait dévoilé un mystère, la clé de sa beauté. De la poésie pure dans le simple fait de se nommer. Et un ailleurs qui s'ouvre.

C'est la première pensée qui m'a étreint en commençant le second roman de Hadia Decharrière, Arabe, paru chez J.C Lattès. Je voulais la découvrir depuis longtemps. Depuis son premier roman. Je croisais son regard parfois. Elle était pour moi fugitive comme une passante baudelairienne. J'aurais aimé lui parler. J'aurais aimé la rencontrer. Plusieurs fois on s'est manqués, comme si tout conspirait contre nous.

Et puis un matin, j'ai vu cette vidéo. Je l'ai trouvée mag…

Les os des filles de Line Papin

Un matin, Agathe me parle de ce roman. Elle me dit qu'il lui a fait penser fort au mien, dans sa manière sincère d'appréhender sa propre vie. Souvent les gens enjolivent, embellissent. Souvent les souvenirs recréent et subliment. Elle m'invite à le lire. J'aime suivre son regard, elle est de ceux qui me connaissent instinctivement. Alors je le commence. Très mal. Un jour que je suis dans le train. Avec deux bambins qui hurlent dans une poussette à côté de moi. Je n'imprime qu'une phrase sur deux, c'est peine perdue.

Quelque temps plus tard, à Saint Maur en Poche, j'allais être interviewé sur la scène pour parler de mon bouquin. Juste avant moi, il y a Line Papin. J'arrive à la fin de son intervention. Je ressasse des fragments de son roman, de ce que j'en avais glané. Il me restait. Des images entêtantes comme des flashs. Sur scène, je l'ai évoquée maladroitement. Alors que j'étais censé parler de moi, mais je me sens tellement mieux à p…

Le matin est un tigre de Constance Joly

Un jour, Caroline Laurent, mon éditrice adorée, recommandait ce roman paru chez Flammarion sur les réseaux sociaux. L'après-midi, je le feuillette dans ma librairie de prédilection, les Libres champs dans le 6ème. Et les phrases m'agrippent. Chacune est un frisson. Comme un poème chargé qui me vrille l'âme à chaque mot. C'est comme ça, il y a des livres qui ont cette charge. Je serais bien en peine de dire pourquoi. Une concordance de sensibilités sans doute. Le même regard sur le monde. Je l'achète. Je croise un jour Constance lors d'une rencontre en librairie. Je la reconnais tout de suite. Je n'ose m'approcher. Je lui adresse quelques mots maladroits. Et puis on s'enflamme, on parle d'écriture. Je pars un peu trop tôt. J'avais envie de poursuivre la conversation et la rencontre. Je m'en vais ce soir-là avec dans la bouche un arrière-goût de points de suspension.

Les livres s'entassent sur mon bureau. Le matin est un tigre attend. …

La rentrée du collectif Anne Carrière : le bateau livre

"I love you all, and I apologize."

C'est ainsi qu'a fini le discours du vieil homme. De cette silhouette élégante au costume rose, aux cheveux gris avec une mèche mauve qui lui donne des allures de vieux Ziggy Stardust. J'ai enlevé mes lunettes. Je pleure doucement. J'étais juste derrière lui avant d'entrer dans la salle. J'étais paralysé de timidité. Il avait la démarche hésitante. Il est l'un de mes héros littéraires. Je ne lui ai pas parlé, mais j'étais là pour lui. Hier soir, j'ai vu et écouté Robert Goolrick. Ce matin encore, sa voix résonne encore dans ma tête.

C'était la présentation du collectif d'éditeurs chapeauté par les éditions Anne Carrière. Stephen Carrière m'avait écrit il y a un mois. Il m'y a invité, dans le plus grand secret, me disant que Goolrick était à Paris et qu'il n'envisageait pas de ne pas me convier à cet évènement, connaissant l'importance du grand homme dans mon panthéon. Ici je fa…

Nicolas Mathieu et Florent Marchet à la maison de la poésie

ça a commencé comme ça:

Lisa Balavoine: Tu viens ce soir à la maison de la poésie?
Moi: Non je suis crevé.

J'avais renoncé au matin quand l'amie avec qui je devais m'y rendre déclarait forfait. Je me disais que je n'avais pas l'énergie, que l'ascenseur du retour du RER serait HS et m'imposerait un parcours du combattant autour de minuit qui me saoulait d'avance, que je n'avais pas assez de fric pour rentrer en taxi. Je m'opposais des trésors d'éloquence, j'étais raisonnable. Et ça ne me va pas du tout. Je crois que les gens raisonnables finissent tous par crever d'ennui les premiers. Alors, autant dire qu'en répondant d'abord ça à Lisa, j'assurais mes arrières. Ma mère serait fière de moi et de mon sens de la mesure. Sauf que le remords me mordait la gorge. Merde, Lisa, elle qui ne vit pas à Paris, y est. Et je l'aime bien Lisa. Ce fut la teneur de mon raisonnement. Je m'extirpai sur un coup de tête de mon canapé o…