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Articles

Affichage des articles du août, 2019

La collectionneuse de Agnès Vannouvong

Il y a près du quartier des Halles une enseigne intrigante. « Agence Duluc », détectives privés. Alors qu’il m’arrive souvent de flâner dans ces alentours, ça n’a pas manqué d’intriguer mon regard fureteur. J’imaginais des filatures, des secrets dévoilés, des cavalcades improbables et un tantinet désuètes. Ça vous inspire des serials. Des scènes de BD. Ça vous inspire un sourire.

On était au cœur de l’été, quand Paris se déserte et devient languissante pour quinze jours. J’étais pris entre deux gros romans. Un peu assommé et mal foutu. Une migraine ne me quittait pas depuis des jours. Le regard cotonneux et la voix râpeuse des cigarettes que je ne fumais pourtant plus depuis des semaines, ce qui me rendait d’une humeur massacrante. Un vrai personnage de polar. Sur mon bureau trainait depuis des semaines le petit livre bleu d’Agnès Vannouvong, La collectionneuse, qui paraît au Mercure de France. J’ai fini par accepter l’affaire sans trop savoir dans quoi je m’embarquais.



Une héritière…

Lettre à Clarisse Gorokhoff, sur Les Fillettes

Samedi 20 Juillet 2019:
Ma chère Clarisse,
Je remets cette lettre depuis dix jours, anxieux de ne pas trouver les mots, inquiet d’utiliser ceux de tout le monde, qui ne sauraient pas dire le quart de mon émotion. Dire l’écho immense que ce bouquin a eu en moi, ton troisième, et tu sais à quel point j’ai aimé les premiers avec passion. Leur audace, leur violence et leur sincérité. Une littérature qui vient de l’âme et du ventre, une démaquillée, une écorchée vive, un cœur mis à nu. Il faut s’en montrer digne. Il me semble avoir parlé de chef d’œuvre, il me semble n’avoir écrit directement à une autrice publiquement qu’une seule fois. Quand un roman est un tel choc qu’il explose les cadres. C’est mort, on est amoureux. Faut bien que le style suive. Alors voilà, je t’écris. Parce que quand j’ai ouvert l’enveloppe et que j’ai vu Les Fillettes qui paraît chez Equateurs, j’ai ressenti un coup de tonnerre. Je t’attendais avec impatience. J’ai poussé un cri de joie.


Et puis je suis entré dans…

Le coeur battant du monde de Sébastien Spitzer

Les cités bien proprettes et flatteuses à l’œil du touriste qui les veut aseptisées ont des façades de parc d’attractions. On les momifie dans une esthétique de carte postale qui n’a plus grand chose à voir avec la vie tourmentée qui en a imprégné les pavés. Des spectres souffrants dont la tombe est à présent bouffée par le lierre, recouverte de friches. Les morts anonymes amoncelés dans la terre pour préparer notre présent. Ce terreau inconscient qui donne son apparence à la réalité.

On peut en traquer en vain les vestiges pendant longtemps. Les voyages, à présent portent souvent en eux cette déception, ce n’est pas le Londres qu’on imaginait, ou le New York de Il était une fois en Amérique. On se retrouve devant des vestiges décoratifs et un passé tout public, qui rendra bien sur instagram. Mais que murmurent à nos oreilles distraites les statues du commandeur ou les bustes glorieux de grands hommes à la parole figée ? A quoi ressemblaient-ils ? Quelle voix avaient-ils ? Quelles ét…

Je l'aime de Loulou Robert

Retrouver Loulou Robert.
Sa rage de vivre et sa justesse. Sa folie. Sa manière de dire les sentiments purs. Sa franchise et son regard qui ne cille pas. Les vertiges qu’elle dépeint en face, profondément. Avec violence. L’écriture sans doute la plus viscérale que je connaisse. Jamais elle ne prend de gants. Chez elle l’amour est âpre, extrême, dangereux. Elle a dans chaque mot une intégrité presque adolescente. Elle est impressionnante. Elle m’a bouleversé à son précédent roman.
On a eu de belles conversations à des moments importants de nos vies. Elle a été là, juste avant la sortie de mon livre. Elle l’a lu, elle l’a aimé. Elle a fait partie des regards que j’attendais et que je craignais car elle n’allait dire que la vérité. Elle m’a proposé de lire le sien, qu’elle venait d’achever. J’ai accepté. Sans réfléchir. Sans calculer que le moment venu, j’allais écrire cette chronique. Juste parce que je savais qu'il serait beau. Qu’elle allait sortir les mots de son ventre et me boulev…

Pourquoi les hommes fuient? de Erwan Larher

La première page raconte une disparition.
Un dégoût, une misanthropie, une fuite. Ça raconte un mec qui disparaît. Elle est énigmatique cette entrée en matière, envoûtante comme un mystère qui planera pendant tout le roman (il parait chez Quidam). Pourquoi les hommes fuient ? interroge le titre.
D’Erwan Larher, je n’avais lu qu’un livre. Je le croisais souvent. Il me faisait rire, il est tout ce que je ne suis pas, extraverti, exubérant, bien planqué derrière son grand sourire. Je l'aime beaucoup et c'est un type bien. C'est l'un de ces moments où tu ouvres le livre en priant pour qu'il soit génial. J'ai la pression, je n'arrive pas à écrire cet article. J'y reviens et ça ne sonne toujours pas. Et je veux que ça soit le cas. C’est véritablement le premier roman de lui que je lis. Sur la couverture, un homme en noir et blanc joue de la Gibson à l’aveugle. ça me met en bonne disposition.


Une fille dine avec un écrivain. Un mec infatué de lui-même, un pre…

Rien n'est noir de Claire Berest

J’avais envie de lire avec elle. 
De marcher dans les mêmes émotions qu’elle et de frissonner aux mêmes mots. Je crois que c’est ce qu’on peut partager de plus beau, une lecture, pour véritablement être avec quelqu’un. Comme une âme qui demanderait à une autre de danser avec elle. Juste avant l’été, j’ai rencontré Estelle dont je suivais les lectures. Et on a senti ça, qu’on avait le même regard, que bien souvent, on se retrouvait, autour des mêmes ouvrages et autour des mêmes noms. Alors on s’est conseillé des livres. Et puis on a fini par se suivre, et s’accompagner dans les mêmes lectures. Ce livre-là, Rien n’est noir de Claire Berest qui paraît chez Stock, je l’ai lu le même jour qu’elle. Elle était en Corse et moi près de Paris. Mais on était ensemble dans ces pages. ça a commencé comme ça, par cette envie commune de découvrir Frida Kahlo ensemble. Et ça fera partie du souvenir magnifique que j’en garderai. Ce sourire partagé avec elle.


Il y avait eu au mois de juin cette présentat…